« la Pologne a vocation à être au cœur de l’Europe » [pl]

Article des ambassadeurs d’Allemagne et de France à l’occasion du 9 mai 2018

Dans l’histoire de la construction européenne et de l’Europe, le 9 mai est une date fondatrice. Le 9 mai 1950, Robert Schuman, ministre français des Affaires étrangères, proposait la création d’une Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA). Cette initiative audacieuse, 5 ans après les tragédies de la Seconde Guerre mondiale, mettant en commun ces productions longtemps vouées à la fabrication des armes de guerre, partit d’une intuition visionnaire : « L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait ».

Par la suite, d’autres grandes dates ont illuminé l’histoire européenne, comme la chute du Mur de Berlin en 1989 et le grand élargissement en 2004 qui a couronné le retour de la Pologne dans la famille européenne.

Cette année, la célébration de la Journée de l’Europe s’inscrit dans une séquence déterminante pour notre avenir commun, alors que les défis autour de nous ne cessent de s’aggraver.

Au plan économique, l’Europe sort de la crise et le contexte est favorable pour aller de l’avant. Il faut profiter de l’embellie européenne pour agir et non réagir sous la pression des crises comme nous avons dû le faire au cours de ces dernières années. Notre environnement international nous oblige aussi à avancer. Face aux menaces à l’Est et au Sud, aux atteintes à la sécurité collective, aux incertitudes pesant sur le système commercial multilatéral, l’Union européenne doit se renforcer et être à l’initiative sur la scène internationale.

Une nouvelle séquence européenne s’amorce. Dans nos pays, le président de la République et la Chancelière fédérale ont été élus sur des programmes très européens. Un nouveau cycle politique commencera l’année prochaine avec les élections au parlement de Strasbourg et le renouvellement institutionnel européen. Nous voulons faire de l’Union européenne un espace de croissance, combinant compétitivité et cohésion sociale, un espace de sécurité fondé sur des valeurs communes. A court terme, l’Allemagne et la France travaillent à une feuille de route pour l’approfondissement de la zone euro dans la perspective du Conseil européen de juin. Renforcer l’euro est dans l’intérêt de tous, membre ou non de de la zone euro.

Nous avons la volonté d’être parfaitement clairs : tout est proposé, rien n’est imposé. Ce processus est naturellement ouvert à la Pologne, comme il l’est aux autres Etats membres. A nos yeux, la Pologne a vocation à être au cœur de l’Europe. A elle de déterminer comment elle entend se positionner dans ce mouvement. Le principe européen d’unité dans la diversité doit s’appliquer là aussi : avancer dans l’unité est nécessaire, tout en respectant le rythme de chacun.

Très concrètement, des négociations lourdes sont devant nous. Nous pensons d’abord au Brexit. Le 9 mai 2019, nous serons en principe 27. Le temps n’est plus de regretter cette décision démocratique. Il est de continuer à construire dans l’unité une nouvelle relation étroite avec le Royaume Uni en préservant toutefois nos intérêts.

Il y a aussi la mise au point du prochain cadre financier pluriannuel, c’est-à-dire le budget européen des années 2021-27. L’équation, de l’ordre de 1000 milliards d’euros, sera, cette fois, encore plus difficile à résoudre avec le départ du Royaume Uni, la nécessité de financer les politiques actuelles comme la Politique agricole commune et la cohésion, ainsi que les nouveaux besoins (défense, sécurité, migration, innovation, ….). Il ne s’agit pas d’un exercice comptable.

Ne perdons pas de vue les questions fondamentales qui doivent guider cet exercice : que voulons-nous faire ensemble ? Quelles sont les priorités que nous nous fixons ? Quelle valeur ajoutée européenne ? La proposition de la Commission marque le début les travaux qui constituent une part essentielle du débat sur l’avenir de l’Europe.

Nous sommes profondément convaincus de la pertinence d’une réponse européenne pour peser sur les grandes transformations du siècle. Au moment où l’ordre international construit depuis 1945 est contesté, il appartient aux Européens de davantage prendre leur destin en main. Ou bien les Européens se décident de peser plus sur la scène internationale, ou alors les autres puissances mènent le jeu sans nous ou - pire encore - contre nous. Dans le domaine de la sécurité, les efforts engagés pour renforcer l’Europe de la défense doivent s’intensifier afin de permettre aux Européens de se doter des capacités qui leur font encore défaut. La transformation énergétique et la poursuite de la lutte contre le dérèglement climatique constituent un autre défi. A cet égard, la prochaine échéance majeure est la COP24, à Katowice en décembre prochain. Il y a là une grande occasion pour avancer et une chance pour la Pologne de jouer un rôle de premier plan. La multiplication d’initiatives au plan local, en Pologne comme ailleurs, traduit la prise de conscience que la transition écologique est dans notre intérêt et qu’elle contribuera à la modernisation de nos économies et de nos modes de vie. La transformation numérique est un autre chantier majeur. L’Union européenne doit être en pointe pour protéger les données personnelles et promouvoir l’innovation à travers la puissance du marché unique du numérique. La décision de Facebook de se plier aux règles du prochain règlement général pour la protection des données dès le 25 mai représente une victoire considérable pour l’Union. Enfin, la transformation éducative. Erasmus est sans doute le programme européen le plus connu. Le développement de la mobilité des étudiants et des chercheurs est indispensable, comme la création d’universités européennes.

Dans ce contexte aussi exigeant, l’Allemagne, la France et la Pologne ont des responsabilités communes à exercer. D’où l’importance du dialogue bilatéral ainsi que des réunions en format Weimar à différents niveaux. Elles doivent être en prise sur les enjeux les plus actuels et se traduire en substance.

Nous sommes bien conscients des doutes et interrogations qui existent ici ou là. Pour certains, l’intégration européenne n’est plus une évidence. Mais n’oublions pas l’essentiel : la promesse de paix et de prospérité de l’Europe, illustrée de manière éclatante par l’exemple de la Pologne et sa réussite européenne.

Les jeunes générations, ici comme dans nos pays, sont en quelque sorte « les gâtés de l’Histoire ». Ils ont la chance de vivre dans des démocraties à une période préservée de la guerre. Les Polonais le savent trop bien, du fait de leur histoire tourmentée. Portons cet idéal européen pour que nous puissions continuer ensemble à rester maîtres de notre destin, comme l’écrivait Jean Monnet, l’inspirateur de la déclaration Schuman, être des sujets façonnant leur avenir et non des objets d’une histoire écrite ailleurs. Bonne fête de l’Europe.

Dernière modification : 18/05/2018

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