Vœux de l’Ambassadeur à la communauté française d’affaires le 9 janvier 2018

Monsieur le vice-Président, cher David Guérin,
Madame la Directrice générale, chère Monika Constant,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

C’est une belle tradition que de nous retrouver à l’orée de la nouvelle année pour échanger nos vœux. Je vous souhaite une heureuse année pour vous-mêmes, vos familles, et vos projets.

En accueillant ce soir la communauté d’affaires française en Pologne, j’éprouve plusieurs sentiments très forts. Tout d’abord le plaisir de vous retrouver car je crois avoir développé avec nombre d’entre vous une qualité de relation qui va au-delà du simple rapport professionnel. Et notre communauté d’affaires sait vivre, - je pense au diner des CCEF à la Résidence et au gala annuel de la CCIFP -, vous savez combien j’apprécie ces moments conviviaux ensemble. Ensuite, de l’intérêt car je trouve nos échanges toujours très enrichissants. Nos contacts, à Varsovie ou lors de mes déplacements en région, ont été extrêmement utiles pour comprendre les réalités polonaises, prendre la mesure de nos intérêts et répondre aux enjeux, notamment dans les phases les plus critiques. J’ai aussi veillé en permanence à vous expliquer où nous essayons d’aller.
J’éprouve également de la fierté en constatant le dynamisme de nos acteurs économiques, la diversité de notre présence, tout particulièrement à l’occasion d’inauguration de nouvelles implantations ou des commémorations en tout genre. Le marché polonais est porteur. Il est aussi, vous le savez mieux que moi, très concurrentiel.

Enfin, je ressens beaucoup de responsabilité car la diplomatie économique est au cœur de ma mission. Vous savez combien toute l’équipe est mobilisée : Philippe Gassman et le service économique régional, Michel Lodolo de Business France, les représentants des opérateurs. Je n’oublie pas aussi la chancellerie diplomatique et l’Institut français dirigé par Stanislas Pierret, tant je suis attaché à un ordre de marche pour agir de manière intégrée au service de nos intérêts économiques. Je tiens aussi à mentionner notre Consul général à Cracovie et le réseau des consuls honoraires qui font pleinement et efficacement partie de notre dispositif.

L’année dernière, à la même occasion, je vous exposais les trois axes qui structurent mon action : réparer, préserver, construire. Où en sommes-nous et où allons-nous ?

Réparer. Je ne reviens pas sur les développements malheureux du passé, nous les avons tous en tête. L’affaire des Caracal a fortement refroidi la relation bilatérale. De notre côté, nous n’avons pas ménagé nos efforts pour remettre de la substance dans notre dialogue politique. Nous avons travaillé avec exigence pour recréer de la confiance, bâtir des convergences, et non céder à la facilité d’un arrangement de façade. Nos deux pays ont une histoire si intime, trop d’intérêts communs pour laisser filer leur relation sur une mauvaise pente. Sont en jeu nos liens bilatéraux et l’avenir de l’Union européenne. Le dialogue a repris. Le président de la République a multiplié les contacts depuis son élection. Il s’est entretenu à deux reprises avec le président Duda, a reçu Mme Szydlo le 23 novembre et a rencontré le nouveau Premier Ministre Mateusz Morawiecki, le 15 décembre, quelques jours après son investiture. Des visites de ministre dans les deux sens ont eu lieu.
Nous avons cherché à surmonter les divergences ou à les assumer. Pour n’évoquer que les questions les plus sensibles, un compromis a été atteint concernant la modernisation du régime du travail détaché et nous allons nous concerter sur la question du transport routier. S’agissant de la question de l’Etat de droit qui n’est pas, - je le souligne au passage -, un différend bilatéral, le président de la République s’est exprimé clairement dans le respect des positions polonaises en faveur d’une issue conforme aux dispositions européennes et de la poursuite du dialogue de Varsovie avec la Commission européenne.

Préserver. Dans l’Union européenne, le commerce courant est dominant. Vos affaires se développent le plus souvent sans l’appui du dispositif public et c’est bien ainsi. De notre côté, nous avons toujours veillé à compartimenter la relation pour éviter que les difficultés politiques n’interfèrent avec la marche de vos affaires, sauf inévitablement dans certains secteurs. Telle a été la bonne tendance. J’ai constaté avec satisfaction que certains dossiers qui auraient pu être, à tort, politisés ne l’ont pas été. Nous resterons à votre écoute pour examiner toutes les difficultés. Dans mon esprit, il n’y a pas de secteurs ou d’entreprises privilégiés. Par exemple, nous nous occupons actuellement de la situation d’agriculteurs français dont l’avenir des exploitations agricoles pourrait être remis en cause par certaines dispositions de la loi foncière. Il nous faut aussi rester attentifs aux évolutions du climat des affaires et à la traduction concrète du discours général sur la « repolonisation » de l‘économie qui peut induire des pratiques problématiques, notamment au regard du cadre européen. D’une manière générale, l’Etat de droit est une condition majeure de l’attractivité. Soyez vigilants pour identifier les difficultés et travaillons ensemble pour réagir, chaque fois que nécessaire, ainsi que pour sensibiliser les responsables politiques aux conséquences de leurs décisions. Ces tendances doivent nous inciter à bien mettre en valeur l’apport de nos entreprises à l’économie polonaise, leurs capitaux, leurs technologies, les emplois créés, les impôts payés. Je sais que la CCI est active en matière de RSE. A chacune de mes visites en province, je valorise systématiquement, - vous le savez -, la présence de nos entreprises.

Construire. L’Union européenne est notre avenir et son renforcement est au cœur de mon action. Aujourd’hui, la perspective est claire : une nouvelle séquence européenne s’amorce après les élections en France et en Allemagne où il faut encore attendre la formation du nouveau gouvernement. Il s’agira de donner corps à notre ambition pour l’Union européenne, un espace de croissance, combinant compétitivité et cohésion sociale, un espace de sécurité, fondé sur des valeurs communes. Dans son discours de la Sorbonne, Emmanuel Macron a mis nos idées sur la table pour une Europe souveraine, unie et démocratique. Refondation, relance ou réforme, quelles que soient les termes, il faut profiter de l’embellie européenne pour avancer et non agir sous la pression des crises comme nous avons dû le faire au cours de ces dernières années. Ce processus est naturellement ouvert à la Pologne. Ce grand partenaire a, selon nous, vocation à être au cœur du jeu, dans le premier cercle et non dans la périphérie.
2018 sera marquée par trois négociations très lourdes : celle concernant le Brexit, dans sa deuxième phase portant sur le régime futur de sa relation avec l’UE, celle relative au prochain cadre financier pluriannuel post 2020, c’est-à-dire que la PAC et les fonds structurels seront en jeu, enfin la poursuite de la lutte contre le dérèglement climatique. A cet égard, nous serons ici particulièrement exposés. Après le sommet de Paris, le 12 décembre dernier, la prochaine échéance majeure est la COP24, à Katowice en décembre 2018. Les textes d’application de l’accord de Paris devront y être finalisés et adoptés. La mobilisation sur ces enjeux ne doit pas faiblir. Il y a urgence à agir pour maintenir l’élan de la mise en œuvre de cet accord qui est irréversible en dépit de la décision des Etats-Unis de s’en retirer. La Pologne a déjà l’expérience de la COP 19, à Varsovie en novembre 2013, qui fut décisive pour la suite. La volonté de conclure en 2015 un accord universel sur le climat y fut confirmée. Je suis convaincu qu’il y a là une échéance déterminante pour avancer et une chance pour la Pologne de jouer un rôle de premier plan.
Dans mes nombreux déplacements dans le pays, rencontrant à chaque fois les responsables locaux, je suis frappé par la très grande mobilisation dans les villes et les régions. Ils ont compris que leurs administrés veulent vivre mieux dans leur univers quotidien. La 5ème édition du concours Eco-Miasto, en novembre dernier, a connu un très grand succès avec 63 villes participantes, contre 29 l’année précédente. Je saisis cette occasion pour remercier à nouveau les entreprises françaises partenaires. Cet exemple montre, si besoin était, que les collectivités locales sont, avec les entreprises, les acteurs de premier plan du changement.
A mon sens, il y a un principe d’action clef pour réussir : être conscients que la transition écologique est dans notre intérêt bien compris et non le produit d’un pur idéalisme. Elle est porteuse d’opportunités économiques et sociales ; l’économie verte est le principal gisement d’innovations à la source des emplois d’aujourd’hui et de demain. Le développement de l’efficacité énergétique, de l’énergie nucléaire et des énergies renouvelables contribueront non seulement à la modernisation de nos économies et de nos modes de vie, mais amélioreront également notre sécurité énergétique, sujet à juste titre très important pour la Pologne, ainsi que pour la France.
Nous devrons à l’occasion de la COP 24 valoriser le savoir-faire de nos entreprises. Nous ferons des réunions spécifiques pour vous tenir au courant.
Plus généralement, je pense que l’année nouvelle devra donner lieu à un effort de pédagogie soutenu de notre part avec votre pleine implication sur nombre de questions majeures :
Sur l’Europe : certaines de nos idées supposeront, le moment venu, une plus grande intégration de la zone euro, donc le renforcement d’une UE à plusieurs vitesses ou différenciée. Vous connaissez les préventions et inquiétudes des autorités polonaises. Il faudra bien y répondre. Dans le domaine de la défense, continuer à mettre en valeur l’engagement soutenu à l’Est comme au Sud de la France, et la bonne articulation entre l’Union européenne et l’OTAN.
Sur la France : notre pays est engagé dans un processus profond et énergique de réforme, son image s’est améliorée, son attractivité renforcée. Je ne méconnais l’ampleur de la tâche mais vous savez combien les anticipations positives sont essentielles en économie pour déclencher des enchainements vertueux. Même si elles ne suffisent pas, les bonnes vibrations sont nécessaires. La France est de retour.
Sur la France en Pologne : La France est un partenaire important de la Pologne. Son stock d’investissements directs s’y élève à près de 18 Md € et représente 250.000 emplois directs et indirects. Le commerce bilatéral est de l’ordre de 17 Md € en croissance forte, soit en 2017 +9% pour les exportations françaises, +6% pour nos importations, ce qui permet de réduire pour la 3ème année consécutive le déficit bilatéral.
La nomination de M. Morawiecki au poste de premier Ministre traduit la priorité accordée au développement économique dans la continuité. Venu du monde de l’entreprise, celui-ci connait notre apport au développement de son pays, a une vision ambitieuse de son essor. L’impératif de dialogue n’en est encore que plus grand. D’où l’importance des événements que nous pourrons organiser ensemble ou de notre contribution dans les grands forums de discussion ici. Je pense aussi au colloque sur la Pologne prévu au Sénat le 23 mars à Paris.

2018 sera marquée par les célébrations du 100ème anniversaire de l’indépendance de la Pologne qui culmineront le 11 novembre. Elles coïncideront avec le centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale chez nous. Les représentants de tous les pays belligérants seront invités. Il nous faudra mettre en valeur le rôle de la France hier et puiser dans ce passé commun une énergie renouvelée pour demain.
Je terminerai en évoquant la visite annoncée du Président de la République, incitation supplémentaire, si besoin était, à travailler encore plus intensément pour donner de la substance à notre relation.

Vous l’avez compris : nous aurons beaucoup à faire ensemble cette année. La feuille de route est exigeante. Je nous souhaite beaucoup d’énergie et d’imagination au service de notre réussite collective. Tous mes vœux vous accompagnent en cette Nouvelle Année.

Je vous remercie de votre attention.

Dernière modification : 10/01/2018

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