Vœux à la communauté d’affaires, Mardi 8 janvier 2019

Monsieur le Vice-Président, cher Christophe Rabatel,
Madame la Directrice générale, chère Monika Constant,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

Il arrive que la tradition et le rituel se conjuguent avec le plaisir. C’est bien le sentiment que j’éprouve ce soir en vous accueillant en ce début d’année. Je vous remercie de vos paroles bienveillantes et positives sur le travail de cette ambassade et vous souhaite, à mon tour, le meilleur en 2019 pour vous-mêmes, vos familles et vos entreprises.

Le plaisir, c’est d’abord le sentiment de faire équipe, l’ambassade avec son service économique régional et la Chambre de commerce et d’industrie France-Pologne (CCIFP), sans oublier nos partenaires comme Business France et les conseillers du commerce extérieur de la France (CCEF). C’est dans cet esprit collectif, auquel, comme vous le savez, je suis très attaché, que se sont inscrits nos succès de l’année dernière. Je pense en particulier aux Entretiens de Varsovie, à notre « retour » à Krynica. A l’occasion de la COP 24 à Katowice, nous avons aussi bien veillé à mettre en valeur l’excellence des entreprises françaises. Le plaisir, c’est de vous rencontrer individuellement ou collectivement, Français et Polonais, pour bien comprendre les enjeux du terrain, à partir de votre expérience, identifier les opportunités pour vos activités et les obstacles de toute nature à leur développement. J’éprouve toujours beaucoup d’intérêt et de fierté à participer à vos événements, autant que je le peux, qu’il s’agisse d’ouverture d’implantation ou d’anniversaires. J’apprécie notre communauté d’affaires parce qu’elle sait travailler ; je l’apprécie aussi parce qu’elle sait vivre. Chaque année, le gala de la Chambre, comme le bal du 14 juillet, sont des moments très attendus de convivialité franco-polonaise et vous nous en avez donné un aperçu pour l’année à venir.

Notre action exige continuité dans l’effort et cohérence. Tout au long de l’année, je me suis appliqué à poursuivre les objectifs que j’avais exposé devant vous l’année dernière : réparer, préserver, construire.

Je commencerai par le plus positif et tangible : construire. Les résultats sont là, et ils sont d’abord le fait de votre action. La relation commerciale franco-polonaise n’a jamais été aussi intense (record battu d’année en année depuis 2009, avec plus de 19 Md EUR en 2017 et la barre des 20 Md EUR sera franchie sans doute en 2018). Les contacts ministériels ont été nombreux (visite d’Elisabeth Borne, ministre chargée des Transports, à Varsovie et déplacement de Jerzy Kwiecinski, ministre des Investissements et du Développement, à Paris en mars, réunions CCEF avec 3 ministres, visites de François de Rugy et Brune Poirson à Katowice, le tout récent déplacement de Jadwiga Emilewicz à Paris pour la réunion des « Amis de l’Industrie » le 18 décembre dernier…). Les projections macro-économiques pour la Pologne sont bonnes : haut niveau de croissance (+3.7% prévus en 2019), bonne tenue des finances publiques, situation proche du plein emploi, effort d’investissement soutenu, inflation contrôlée.

Nous avons réussi à préserver cette relation des tirages politiques. A l’exception des contrats régaliens, en particulier dans le domaine d’industries de défense, les affaires suivent leur cours indépendamment de la relation politique.

Préserver, c’est aussi veiller à l’environnement des affaires. Je touche là à la question de l’Etat de droit. Il ne s’agit pas, - je le répète -, d’un différend franco-polonais mais d’une question qui intéresse l’Europe dans son ensemble et vous concerne au premier chef, vous chefs d’entreprises, de manière très concrète. L’Etat de droit est un bien commun européen, à la base du marché unique, de nombreux mécanismes de coopération, un facteur d’attractivité pour un pays ou de répulsion. Le juge polonais est aussi juge européen en ce qu’il applique le droit européen. La décision de la Pologne d’appliquer l’ordonnance de référé de la CJUE, garante ultime du respect des valeurs de l’Union, est un pas dans la bonne direction. Il faut continuer car toutes les questions problématiques ne sont pas réglées.

Préserver, c’est veiller à l’image de la France. Comment ne pas évoquer devant vous ce soir les « gilets jaunes » ? Comment ne pas reconnaitre les dommages sur la perception de notre pays ? Comment ne pas être affecté par ces agressions violentes contre la République et notre démocratie ? J’ai bien conscience des interrogations en France et à l’étranger que suscite la situation actuelle : ce mouvement, inédit dans sa forme et complexe dans ses revendications, s’est développé en dehors des partis et des syndicats traditionnels ; derrière des revendications légitimes se cachent aussi des forces obscures qui veulent mettre à bas la démocratie représentative et s’attaquent avec violence à nos institutions ; les effets de la crise ont pu susciter aussi des doutes sur les ambitions réformatrices du gouvernement. C’est bien pourquoi un effort soutenu d’explication est nécessaire. Croyez bien que je m’y emploie, en particulier pour rectifier les déclarations que je considère choquantes.

Ceux qui en Pologne se réjouissent de cette situation, commettent à mon sens une grave erreur. Nul n’a intérêt aux difficultés dans un autre Etat membre, tant nos destins sont liés. Et la plupart des mouvements opposés à la politique actuelle du président de la République, en particulier les forces extrêmes à droite comme à gauche, ont des positions contraires aux intérêts de la Pologne sur les enjeux les plus sensibles, qu’ils concernent l’Union européenne, l’Otan ou la Russie. Il y a eu la 1ère phase avec les revendications ; la 2ème avec la réponse du gouvernement, en particulier concernant le pouvoir d’achat ; la 3ème va se jouer maintenant avec le grand débat national qui va s’ouvrir le 15 janvier. Dans le respect de vos convictions personnelles, je vous demande d’avoir confiance en notre démocratie, dans les valeurs de la République et ses institutions. Il revient à chacun d’expliquer objectivement les réalités françaises et les atouts formidables de notre pays.

Réparer enfin. La relation bilatérale a repris son cours mais nous pouvons et devons faire mieux. 2018, année du centenaire de l’indépendance recouvrée de la Pologne, a été l’occasion de mettre en valeur la contribution de la France à cette renaissance. 2019 sera l’année du centenaire de l’établissement des relations diplomatiques entre nos deux pays. Nous avons en projet un certain nombre de manifestations. Mais cette année doit être aussi l’occasion de remettre notre relation sur de bons rails, pour peu que nos partenaires polonais le souhaitent sincèrement de leur côté. Nous y travaillons activement.

Le contexte ne sera pas facile. Je pense aux élections européennes, chez nous le 26 mai, - vous pourrez voter ici évidemment -, avec le risque d’une année blanche pour l’Union européenne, le temps que les nouvelles institutions se mettent en place. Il y aura aussi les élections législatives en Pologne à l’automne. Je n’oublie pas non plus les autres facteurs d’incertitude, parmi lesquels le Brexit, les risques sécuritaires, et les menaces protectionnistes.

L’année dernière a été active. Votre dynamisme et votre professionnalisme sont des atouts pour la France en Pologne. Je remercie en particulier la CCIFP, son président, son conseil d’administration, sa directrice générale et toute son équipe : je sais que vous avez des plans encore plus ambitieux pour 2019, année des 25 ans de la Chambre, vous en avez parlé. Cela sera aussi l’occasion de rendre hommage à Jean Caillot qui nous a quitté récemment.

Je ne doute pas que 2019 sera très dense. Je forme un vœu de conclusion : continuer à œuvrer ensemble main dans la main.

Je vous souhaite une excellente année.

Merci de votre attention.

Dernière modification : 09/01/2019

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