Réunion des ministres des Affaires étrangères du Triangle de Weimar (Berlin, le 29 février 2012)

TRIANGLE DE WEIMAR

Réunion des ministres des Affaires étrangères du Triangle de Weimar (29 février 2012)

Le Ministre d’Etat s’est rendu à Berlin le mercredi 29 février pour s’entretenir en format Weimar avec ses homologues allemand et polonais, MM. Westerwelle et Sikorski.

Cette rencontre est la première cette année en format Weimar. L’année 2011, qui marquait le vingtième anniversaire de ce format franco-germano-polonais, a été rythmée par plusieurs rencontres trilatérales : sommet Weimar avec le chef de l’Etat à Varsovie le 7 février 2011, rencontre des ministres des Affaires étrangères en Pologne le 20 mai 2011, et rencontre des ministres des Affaires européennes à Berlin le 22 septembre 2011.

A Berlin mercredi, les ministres se sont entretenus en premier lieu des questions européennes, en particulier la gouvernance économique européenne et le cadre financier pluriannuel de l’Union, dont la renégociation a commencé à Bruxelles.

Ils ont évoqué ensuite les relations de l’Union avec ses voisins orientaux, en particulier la Russie et l’Ukraine. Dans ce cadre, ils ont débattus des orientations à donner à la politique énergétique extérieure de l’Union.

I. SYRIE - DÉCLARATION COMMUNE DU MINISTRE ALLEMAND DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES, GUIDO WESTERWELLE, DU MINISTRE POLONAIS DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES, RADOSLAW SIKORSKI,
ET DU MINISTRE FRANÇAIS DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
ET EUROPÉENNES, ALAIN JUPPÉ

(Berlin, 29 février 2012)

Les ministres des Affaires étrangères du Triangle de Weimar, Guido Westerwelle, Radoslav Sikorski et Alain Juppé, ont déclaré aujourd’hui :

Nous éprouvons une grande admiration pour les hommes et les femmes de Syrie qui, depuis près d’un an, continuent courageusement de descendre dans les rues de tant de villes syriennes pour manifester pacifiquement en faveur d’un avenir meilleur pour leur pays. Nous partageons leur vision d’un État démocratique où tous ont les mêmes droits inaliénables indépendamment de leur appartenance politique, de leur ethnie, de leurs convictions et de leur sexe.

Nous sommes horrifiés par la manière dont le régime syrien a réagi à leurs demandes légitimes. La violence et la répression, les détentions arbitraires et les massacres, la torture et l’intimidation à l’intérieur comme à l’extérieur de la Syrie, sont intolérables et doivent cesser immédiatement. Des milliers de civils innocents, parmi lesquels plus de 600 enfants, ont été tués, et bien d’autres ont disparu. Nous adressons nos sincères condoléances à toutes les victimes et à leurs familles. Nous n’épargnerons aucun effort pour que les responsables de ces violations massives des droits de l’Homme, qui peuvent être considérées comme des crimes contre l’humanité, rendent des comptes.

Au vu de la poursuite de l’escalade de la violence ces dernière semaines, en particulier dans les régions de Homs et d’Idlib, et de l’augmentation des besoins humanitaires, nous regrettons vivement le blocage au Conseil de sécurité des Nations unies, notamment compte tenu du consensus international croissant, comme l’a confirmé récemment l’adoption d’une résolution concernant la Syrie à l’Assemblée générale des Nations unies, par une majorité écrasante de pays. Nous appelons tous les membres du Conseil de sécurité à assumer leurs responsabilités et à soutenir tous les efforts du Conseil de sécurité pour mettre un terme à la violence et à la crise humanitaire en Syrie et pour appeler instamment à une mise en œuvre concrète de l’initiative de la Ligue des États arabes, de manière à encourager une transition politique pacifique en réponse aux aspirations légitimes du peuple syrien. L’appel en faveur de la liberté doit toujours être plus fort que les tanks et l’artillerie.

Nous demandons instamment aux autorités syriennes de permettre à l’ensemble des populations qui en ont besoin d’accéder immédiatement et sans entrave à l’aide humanitaire.

Nous condamnons également tous les assassinats de civils non armés, notamment ceux des trois journalistes dans la ville de Homs. La presse doit pouvoir circuler sans entrave pour remplir son rôle vital qui consiste à fournir une information indépendante sur les événements en Syrie sans craindre la violence ou la répression. Nous demandons instamment aux autorités syriennes de créer les conditions d’une évacuation rapide et en toute sécurité des journalistes étrangers se trouvant à Homs, en coordination avec le CICR et avec le Croissant-Rouge syrien. Nous demandons une interruption des actes de violence à Homs pour permettre cette opération.

Nous approuvons sans réserve la déclaration du président de la première réunion du Groupe des Amis du peuple syrien, tenue à Tunis le 24 février, qui a exprimé son soutien à l’initiative de la Ligue des États arabes et réaffirmé son objectif de travailler en vue d’une transition politique qui réponde aux aspirations du peuple syrien à la dignité, à la liberté, à la paix, à la réforme, à la démocratie, à la prospérité et à la stabilité. Nous nous félicitons de la nomination de l’ancien Secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, comme Envoyé spécial conjoint des Nations unies et de la Ligue des États arabes pour la crise syrienne.

Nous avons la ferme conviction que seul le peuple syrien peut décider de l’avenir de son pays. Nous avons reconnu le Conseil national syrien comme le représentant légitime des Syriens qui souhaitent un changement démocratique pacifique. Nous appelons le Conseil national syrien à œuvrer dans un esprit d’unité avec tous les groupes de l’opposition qui, à l’intérieur et à l’extérieur de la Syrie, ont en commun la vision d’une Syrie libre et prospère, ouverte à tous, qui protège ses citoyens, garantisse les droits des minorités et soit source de stabilité dans la région. Nous encourageons tous les mouvements d’opposition à se réunir autour du Conseil national syrien afin de donner aux militants pacifiques une solide représentation politique.

Nous poursuivrons notre politique, qui consiste à imposer des mesures supplémentaires visant le régime, tant que la répression continuera. Nous nous félicitons de l’engagement des participants au Groupe des Amis du peuple syrien qui prendront des mesures pour appliquer et mettre en œuvre des mesures restrictives et des sanctions à l’encontre du régime syrien et de ceux qui le soutiennent.

Avec nos partenaires européens, nous sommes prêts à offrir à une nouvelle Syrie démocratique un partenariat politique et économique étroit pour permettre au peuple syrien de satisfaire son aspiration à vivre dans la liberté et la dignité./.

II. BIÉLORUSSIE - DÉCLARATION COMMUNE DU MINISTRE ALLEMAND DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES, GUIDO WESTERWELLE, DU MINISTRE POLONAIS DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES, RADOSLAW SIKORSKI, ET DU MINISTRE FRANÇAIS DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES ET EUROPÉENNES, ALAIN JUPPÉ

(Berlin, 29 février 2012)

Les ministres des Affaires étrangères du Triangle de Weimar, Guido Westerwelle, Radoslav Sikorski et Alain Juppé, ont déclaré aujourd’hui :

Suite à la décision prise par le gouvernement biélorusse de demander aux ambassadeurs de l’Union européenne et de la Pologne de quitter le pays, tous les États membres de l’Union européenne ont décidé hier de rappeler leurs Ambassadeurs pour consultations, dans le cadre d’un acte d’unité et de solidarité.

Nous regrettons vivement que nos relations avec la Biélorussie se soient dégradées à ce point mais le président Loukachenko n’a pas laissé d’autre choix à l’Union européenne.

Cependant, nous sommes déterminés à poursuivre et à intensifier notre dialogue avec le peuple biélorusse et la société civile, notamment dans le cadre du « Dialogue européen sur la modernisation ». Nous demeurons également ouverts au dialogue et à la coopération avec les autorités biélorusses dès qu’apparaîtront des signes clairs d’une amélioration de la situation politique et des droits de l’Homme en Biélorussie. Nous réitérons notre appel pour que Minsk libère et réhabilite tous les prisonniers politiques et mette un terme à la répression.

Parallèlement, nous n’avons pas d’autre option que d’adopter des mesures restrictives supplémentaires significatives à l’encontre des personnes responsables de graves violations des droits de l’Homme ou de la répression de la société civile et de l’opposition démocratique, ainsi qu’à l’encontre des personnes et entités qui profitent du régime ou le soutiennent, à moins que la situation des droits de l’Homme en Biélorussie ne s’améliore./.

III. CONFÉRENCE DE PRESSE CONJOINTE DU MINISTRE ALLEMAND DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES, GUIDO WESTERWELLE, DU MINISTRE POLONAIS DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES, RADOSLAW SIKORSKI,
ET DU MINISTRE FRANÇAIS DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES ET EUROPÉENNES, ALAIN JUPPÉ /PROPOS DE M. JUPPÉ/
(Berlin, 29 février 2012)

Merci, Cher Guido. Je suis très heureux d’être ici, dans cette magnifique villa, au bord de ce très beau lac, en présence de notre collège et ami Radek. Vous savez que la France est très attachée au Triangle de Weimar, dont les origines remontent au début des années quatre-vingt-dix. C’est, aujourd’hui plus que jamais, un symbole très fort de cette Europe réunifiée à laquelle nous sommes très attachés. Notre précédente réunion avait eu lieu en Pologne, aujourd’hui nous sommes à Berlin et j’ai invité Radek et Guido à venir en France pour la prochaine rencontre du Triangle de Weimar. Je les remercie d’avoir accepté cette invitation.

Notre discussion aujourd’hui a été extrêmement cordiale et extrêmement productive. Guido Westerwelle vient d’en rendre compte de manière exhaustive, alors je vais peut-être répéter ce qui avait été dit, mais ce sera la démonstration que nous sommes d’accord sur tous les points que nous avons évoqués.

Nous avons d’abord parlé, bien sûr, de l’Union européenne, des difficultés qu’elle a rencontrées, des décisions qu’elle est en train de prendre pour sortir de la crise financière. Nous partageons tous les trois la même foi européenne, nous sommes convaincus que de cette crise doit sortir un progrès de l’intégration européenne et non un recul. Le prochain Conseil européen prendra ou confirmera des décisions importantes. Je voudrais abonder dans le sens de ce qu’a dit Guido et qui est ressorti de nos discussions : l’austérité budgétaire, le retour à la stabilité financière, à la consolidation de nos finances publiques est un point de passage obligé. Personne ne peut vivre indéfiniment en se surendettant, il y a un moment où tout ceci doit s’arrêter.

La meilleure manière de rééquilibrer les finances publiques sur le moyen et le long terme, c’est, aussi, de donner toute sa place à la modernisation de nos économies, c’est aussi le soutien à la croissance, c’est l’appui à l’innovation, à la compétitivité, à l’emploi, à la conquête de nouveaux marchés. Et donc nous allons continuer à réfléchir à ces questions, qui sont pour nous absolument fondamentales.

Nous avons ensuite parlé du voisinage oriental de nos pays, tout particulièrement du voisinage de la Pologne et de l’Allemagne. Je partage tout à fait ce qui a été dit, notre solidarité est complète. Nous envoyons des messages très forts à l’Ukraine pour lui dire que nous n’acceptons pas les violations des libertés et des principes démocratiques de base qui sont actuellement en cours sur son territoire.

Nous avons décidé d’un commun accord également de rappeler nos ambassadeurs en Biélorussie pour mettre le dictateur Loukachenko face à ses responsabilités.

Vis-à-vis de la Russie, nous suivons avec attention le processus électoral qui est en cours et nous serons également vigilants sur le bon déroulement de ces élections. La Russie est pour nous un partenaire essentiel et nous sommes décidés à continuer à avancer avec elle sur des sujets comme l’énergie ou les « conflits gelés ».

Enfin nous avons évoqué, pour quitter le territoire européen, un certain nombre de crises particulièrement difficiles que traverse aujourd’hui le monde. Je ne voudrais parler que du drame syrien. Vous savez quelle est notre frustration, la mienne tout particulièrement, devant l’incapacité de la communauté internationale à arrêter le massacre qui continue jour après jour : des milliers de morts, des centaines d’enfants massacrés, torturés, des milliers de gens en prison. On n’a jamais vu un tel déchaînement de barbarie que celui qui se passe aujourd’hui à Homs.

Alors nous agissons sur tous les fronts, au Conseil de sécurité, à l’Assemblée générale des Nations unies, à Tunis, où la réunion des amis du peuple syrien était, je crois, une étape tout à fait importante, au Conseil des droits de l’Homme, où j’étais lundi dernier et qui va adopter une résolution forte dans les heures qui viennent. Nous préparons les prochaines réunions à venir du groupe des amis du peuple syrien. La prochaine aura lieu à Istanbul et la troisième à Paris. Nous formons aussi beaucoup d’espoirs sur la mission qui a été confiée à Kofi Annan, qui est un homme universellement respecté et aussi très compétent. Nous sommes prêts à travailler aux Nations unies à une résolution qui permettrait d’aboutir à une cessation des violences et à un meilleur accès de l’aide humanitaire, qui est une priorité absolue - sans perdre de vue pour autant le règlement politique de cette crise, qui doit passer par la mise à l’écart des dirigeants actuels de la Syrie afin que ce pays puisse évoluer vers un processus de réconciliation nationale et des élections libres. Ce processus de transition permettra au peuple syrien de choisir réellement ses dirigeants et de progresser sur le chemin de la démocratie et de la liberté. Et là aussi, bien sûr, nous sommes tombés d’accord et nous avons adopté une déclaration qui, je crois, est tout à fait claire et forte.

Merci en tout cas à nouveau, Guido, pour ce moment très agréable que nous avons passé ici en ta compagnie.

Q - (Au sujet de la Biélorussie)

R - Je me bornerai à affirmer aussi la solidarité de la France avec la Pologne, nous l’avons démontré en rappelant notre ambassadeur de Minsk à Paris. Vous parliez des prochaines étapes : nous venons d’en franchir une lundi dernier au Conseil des ministres des Affaires étrangères en adoptant une nouvelle série de sanctions contre certains oligarches biélorusses, et donc nous sommes décidés à continuer à agir ensemble.

Q - (Au sujet de la diplomatie allemande face aux crises internationales)

R - Juste un mot sur ces questions. Je confirme que notre coopération est extrêmement étroite sur toutes ces questions. Nous n’allons pas revenir sur le cas de la Libye, nous avons eu l’occasion d’en parler très souvent, il y a eu une divergence d’appréciation sur la méthode mais une convergence sur l’objectif, qui était de permettre au peuple libyen d’accéder à la démocratie et à la liberté.

S’agissant de la Syrie, nos positions convergent totalement et je me suis réjoui qu’au Conseil de sécurité en particulier, nous ayons été ensemble - même si la résolution, hélas, du fait du veto russe et chinois n’a pas finalement été adoptée. Nous continuons à travailler main dans la main pour arrêter cette tragédie.

Q - (Au sujet de l’Iran)

R - Je vais développer très brièvement pour dire la même chose que Guido. Donc notre objectif est très clair : nous ne pouvons pas accepter que l’Iran se dote de l’arme atomique. C’est une violation de ses engagements internationaux - l’Iran a signé le traité de non-prolifération, c’est une violation des résolutions du Conseil de sécurité, c’est une violation des décisions de l’Agence internationale de l’Énergie atomique.

Nous disons à l’Iran : « puisque vous affirmez que vous n’avez pas de programme nucléaire, à finalité militaire, ouvrez vos dossiers et vos sites et comme ça nous pourrons être rassurés ». C’est la voie du dialogue. Jusqu’à présent, l’Iran n’a pas répondu à ces offres de dialogue, et la récente inspection des inspecteurs de l’AIEA a échoué puisque l’Iran a refusé de leur donner accès aux sites qu’ils voulaient visiter. C’est la raison pour laquelle nous avons dit : dans ces conditions, nous allons durcir les sanctions. Des sanctions très fortes ont été prises, sur les transactions de la Banque centrale, et également sur les exportations de pétrole iranien ; et là on s’est vus confrontés à ces provocations dont l’Iran a le secret, puisque l’Iran a annoncé qu’elle suspendait ses exportations de pétrole en direction de la France et de la Grande-Bretagne - tout simplement parce que nous les avions interdites. Je voulais rappeler cela.

Alors il y a cette lettre qui vient d’arriver, qui semble marquer une certaine disponibilité de l’Iran à reprendre le dialogue : nous sommes en train d’y réfléchir ensemble, mais nous ne nous laisserons pas mener en bateau, si je puis dire, par les Iraniens, donc nous fixerons des conditions très précises. Il n’y aura pas de levée des sanctions à titre de pré-condition tant que l’Iran n’aura pas répondu concrètement à ce que nous lui demandons, c’est-à-dire l’arrêt de son programme d’enrichissement, non seulement à 20 % de l’uranium mais aussi à 3,5 %. Voilà, nous en sommes là, et au sein du groupe des Six, en tout cas entre la France et l’Allemagne, il y aussi une totale convergence de vues./.

Source : http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo/pologne/triangle-de-weimar-5010/article/reunion-des-ministres-des-affaires-98705

Dernière modification : 12/03/2012

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