Politque de défense

Les objectifs de la politique de défense DE LA FRANCE
La définition de la politique de défense de la France est d’abord fonction d’une analyse de ses intérêts nationaux et de la détermination des objectifs essentiels pour sa survie et sa politique de sécurité.

Il apparaît que les grandes finalités évoluent peu. La France doit être en mesure d’assurer sa protection et la défense de ses intérêts dans le monde. Elle a les ambitions d’une puissance présente en de nombreux points du globe en dehors de l’Europe, héritage de son histoire, de sa géographie, conséquence aussi de son développement économique. Le premier objectif de la politique de défense est la défense de ces intérêts. Si ceux-ci demeurent relativement stables, l’évolution internationale et notre qualité de puissance moyenne influent sur la façon de les défendre.

L’interdépendance nos intérêts avec ceux de nos principaux partenaires ne cesse de grandir. Notre poids relatif dans le concert des Etats incite à rechercher les meilleures alliances et les meilleurs instruments de démultiplication de notre puissance. C’est pourquoi l’action de la France s’inscrit de façon croissante dans un cadre multilatéral : coopération, Union européenne, Alliance atlantique, OSCE, ONU, notamment.

La sécurité du continent européen, celle de la France par conséquent, dépend largement de la capacité des pays d’Europe occidentale à constituer un pôle de stabilité et d’intégration. La construction européenne, y compris en matière de défense, est donc une priorité. En outre il importe avant tout, après la fin de la guerre froide, de prévenir la réapparition de menaces majeures contre les intérêts vitaux et de déstabilisation grave de l’ordre international. La participation à la mise en place d’un système international stable et pacifié est donc essentielle. Ce double but représente le deuxième objectif de la politique de défense.

La diversification des risques de toute nature caractérise également la fin du XXème siècle et les débuts de celui-ci. Il en résulte un accroissement de la vulnérabilité de nos sociétés, qui peut mettre en péril la cohésion nationale. Ainsi, la sécurité intérieure et la sécurité extérieure sont de plus en plus étroitement liées. Ce constat appelle une conception globale de la défense, qui constitue le troisième objectif de notre politique de défense.

1 - Défendre les intérêts de la France

La définition traditionnelle de nos intérêts revêt le plus souvent un caractère « patrimonial », lié à notre attachement à des « biens » : territoire, richesses économiques, moyens de communication, présence de ressortissants que nous devons protéger partout où ils se trouvent et auxquels nous devons pouvoir accéder sans entrave.

Cette vision des intérêts de la France évolue. D’abord parce que, dans un nombre croissant de cas, en particulier celui du développement économique ou des approvisionnements en énergie, les intérêts de la France et de ses voisins ou partenaires occidentaux ne sont guère dissociables. Ensuite, parce qu’aux intérêts matériels s’ajoutent désormais, encore davantage qu’hier, des intérêts immatériels, liés par exemple à la défense des grands principes de la vie internationale et à notre statut de membre permanent du Conseil de Sécurité.

La conception des intérêts devient ainsi globale.

Aux intérêts vitaux est attachée la survie de la nation. De ce fait, le premier objectif de notre politique de défense demeure d’être en mesure d’assurer, seuls si nécessaire, la défense ultime de nos intérêts vitaux contre toute menace quelle qu’en soit l’origine.

L’intégrité du territoire national, comprenant la métropole et les départements et territoires d’outre-mer, de ses approches aériennes et maritimes, le libre exercice de notre souveraineté et la protection de la population en constitue le cœur. Mais il convient d’éviter d’en donner une définition trop précise, afin de préserver la liberté d’appréciation et d’action des autorités de l’Etat, s’il venait être menacé.

La France ne saurait s’en remettre à d’autres pour la défense de ses intérêts vitaux. Dans la perspective de la construction d’une défense européenne commune, dans le cadre de l’Union européenne, il ne peut être exclu, à long terme, qu’à mesure que se rapprocheront les intérêts des nations européennes, la conception que la France a de ses intérêts vitaux n’en vienne à coïncider avec celle de ses voisins.

La frontière entre les intérêts vitaux et les intérêts stratégiques de la France n’a pas à être précisée par avance.

Nos intérêts stratégiques résident, pour l’essentiel, d’une part dans le maintien de la paix sur le continent européen et dans les zones qui le bordent à l’Est et au Sud, d’autre part, dans les espaces essentiels à l’activité économique du pays et la liberté des échanges et des communications. Veiller à ces intérêts stratégiques doit permettre de prévenir des menaces contre nos intérêts vitaux.

Au-delà de ces intérêts, qui répondent directement à une logique de sécurité, la France a des intérêts qui correspondent à ses responsabilités internationales et à son rang dans le monde.

Ses responsabilités internationales résultent de ses obligations de membre permanent du Conseil de Sécurité, de son histoire, de sa vocation particulière. Attachée aux valeurs de la démocratie, la France a d’autant plus pour ambition de les promouvoir et, lorsque nécessaire, de les défendre, qu’elles constituent à ses yeux une garantie de la stabilité et de la sécurité internationales. La politique de défense contribue à cette action.

L’objectif premier de la politique de défense de la France et donc de défendre les intérêts vitaux et stratégiques du pays ainsi que ceux correspondant à nos responsabilités internationales et à notre rang dans le monde. Certes, d’autres modes d’actions viennent également en soutien de ces intérêts. Mais, sans une défense adaptée à ceux-ci, leur pérennité ne peut être assurée.

2 - Construire l’Europe et contribuer à la stabilité internationale

Le choix de l’Europe
La France fait partie des quelques pays qui peuvent avoir une action sur la stabilité dans le monde. Nation européenne, elle inscrit sa politique de défense dans la perspective d’une défense commune à venir, affirmé par le Traité sur l’Union européenne.

Ce choix européen s’impose pour des raisons tant stratégiques qu’économiques. Cette construction progressive conduit à l’affirmation d’une identité politique, qui serait incomplète si elle ne s’exprimait pas également dans le domaine de la défense.

Notre politique de défense privilégie donc, d’une part le développement progressif d’une capacité européenne propre en matière de défense, d’autre part notre participation à la constitution d’un espace de sécurité s’étendant à tout le continent. La France agira le plus souvent dans le cadre de ses alliances et d’une communauté d’intérêts des Européens.

La prévention et l’ordre international
La politique de défense, coordonnée avec l’action diplomatique, doit s’attacher, dans le nouveau contexte international, à la prévention des conflits et des guerres.

La sécurité de la France implique que soit avant tout prévenue la renaissance sur le continent d’une menace majeure contre ses intérêts vitaux. À cet égard, notre politique de défense se définit d’abord par sa capacité à contribuer à la stabilité et la paix en Europe.

La construction et le maintien d’un ordre international stable et pacifié sont également nécessaires au plan mondial. De ce fait, la France s’emploiera à prévenir les menaces directes et indirectes qui mettraient en danger cet ordre international.

3 - Mettre en œuvre une conception globale de la défense

Les mutations du système international affectant la défense ne se limitent pas aux seuls aspects militaires et stratégiques.

Une conception globale de la défense associe à la défense militaire une dimension civile et économique, mais aussi sociale et culturelle. S’appuyant sur des moyens civils et militaires coordonnés, cette approche est la seule réponse adaptée à la diversité des menaces pesant sur nos sociétés. Les volets de cette défense non militaire sont aussi divers qu’essentiels.

La cohésion nationale
La France doit veiller à défendre ce qui est à la fois un héritage et un projet partagé. La cohésion nationale aujourd’hui très exposée aux chocs multiples que suscitent les évolutions sociales, économiques et internationales, est une condition essentielle de la défense.

La politique globale de défense a pour premier objet de veiller à cette cohésion et d’y contribuer.

La défense civile
La défense civile assure à titre principal la protection des populations, le maintien de l’ordre public et la préservation de la continuité d’action du gouvernement.

La protection des populations impose de prévenir et de couvrir les risques naturels et technologiques majeurs, quelles qu’en soient les circonstances.

Le maintien ou la restauration de l’ordre public est une mission régalienne. Les autorités locales, et notamment les maires, sont sur le terrain, les premières à y être associées.

Le maintien de la continuité d’action de gouvernement commence par la protection des installations et des réseaux sensibles, dont un grand nombre sont essentiels pour la vie des populations et de la défense nationale. Leur multiplication et leur sensibilité en font des objectifs privilégiés pour des actions terroristes.

Au total, la défense civile est une préoccupation majeure des Français. Elle intéresse la plupart des secteurs de l’Etat, qui doit la prendre en compte.

La défense économique
La défense économique, au sens de l’ordonnance de 1959, vise à assurer dès le temps normal la réduction des vulnérabilités du pays et, en temps de crise, la bonne répartition des ressources.

Certains secteurs d’activités tels que l’énergie, les télécommunications, les transports et des secteurs tertiaires sensibles, comme les secteurs financiers et informatiques, jouent un rôle fondamental dans l’économie française. La défense économique doit, dès lors, garantir à ces agents économiques le maintien des secteurs vitaux.

Les technologies sont devenues des enjeux majeurs de puissance. Le contrôle des transferts de technologies sensibles est un facteur de sécurité important et participe à la défense économique.

La défense de la France fait appel en priorité, bien entendu, à ses moyens militaires. La dimension civile et économique ne doit pas être négligée et lui confère un caractère global. Elle participe aussi d’une certaine culture qui contribue à sa dimension nationale. La prise en compte de ce volet non militaire constitue un objectif de notre politique de défense.

Dernière modification : 13/10/2004

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