Nous ne surmonterons pas la crise sans l’Union européenne [pl]

Le monde entier doit faire face à une pandémie sans précédent et les Européens se mobilisent pour protéger leurs citoyens, soigner leurs populations et venir en aide aux pays et aux régions qui sont les plus touchées. Malgré tous les efforts, les Européens vivent une épreuve partagée face au bilan humain qui s’alourdit chaque jour. Dans cette crise grave la solidarité entre États membres sauve des vies. Les hôpitaux allemands et luxembourgeois accueillent des patients italiens et français ayant besoin de soins intensifs. Français et Allemands ont envoyé à eux deux plus de matériel médical à l’Italie que la Chine. Des médecins polonais et allemands soutiennent leurs collègues en Italie, plusieurs pays envoient de l’équipement essentiel.

Au niveau européen, nous avons pris la décision de fermer les frontières extérieures de l’UE et de l’espace Schengen. Nous avons veillé, ensemble, à ce que les contrôles mis en place aux frontières internes des pays n’entravent pas la circulation des marchandises vitales à notre approvisionnement. Nous avons, ensemble, mis à disposition plus de 300 M d’euros pour la recherche sur le Covid-19. La Commission européenne a proposé de mobiliser l’instrument d’aide d’urgence, qui serait doté de 2,7 Mrd d’euros, à partir des marges du budget 2020. La Banque centrale européenne a lancé un programme d’urgence de 750 Mrd d’euros pour assurer le financement de l’économie.

Les chefs d’État et de gouvernement ont pris des mesures importantes pour coordonner nos efforts en matière de santé publique, protéger les Européens et atténuer les effets socio-économiques de la pandémie :

  1. Disposer de matériel médical en commun avec la création de la première réserve commune de matériel médical et la passation de marchés publics communs pour l’achat d’équipements de protection individuelle.
    Le matériel devrait être disponible rapidement après la signature des contrats par les États membres avec les producteurs.
    Cela passe également par un effort coordonné pour accroître les capacités de production. Parallèlement, une autorisation d’exportation a été imposée pour les exportations hors d’Europe.

  2. Mutualiser les efforts pour permettre aux citoyens européens en déplacement de rentrer chez eux.
    Les États européens ont facilité le rapatriement de leurs ressortissants dans les pays tiers. Ils n’ont pas consacré leurs efforts uniquement sur leurs propres citoyens, mais ils ont aussi permis le retour en Europe de citoyens d’autres États membres. Dès le début de l’épidémie en Chine fin janvier, la France a rapatrié 150 ressortissants européens de Wuhan, dont 30 Polonais (en plus de 200 Français). Depuis début mars, plus de 5 000 de ces ressortissants de l’Union ont été rapatriés par l’Allemagne, et plusieurs milliers par la France. Des Polonais et Français avec Lufthansa par exemple depuis l’Argentine, des Allemands et Français avec Lot depuis l’Arabie Saoudite et des Allemands et des Polonais par vol spécial militaire organisé par la France depuis le Tchad. Par ailleurs, le mécanisme européen de protection civile (MEPC) a cofinancé des vols dont près de 50 000 ressortissants de l’UE ont pu bénéficier pour rentrer en Europe.

  3. Faciliter la circulation au sein de l’Europe, non seulement des biens et des marchandises, grâce à des couloirs prioritaires aux frontières intérieures pour l’approvisionnement notamment des hôpitaux, magasins et usines, mais aussi des personnes lorsque cela est nécessaire, en particulier les travailleurs frontaliers ou les citoyens européens qui rentrent chez eux.

  4. Répondre à la crise en réaffectant 55 Mrd d’euros du budget de l’UE au titre de la politique de cohésion.

  5. Soutenir les entreprises et les travailleurs en assouplissant les règles en matière d’aides d’État.

  6. Temporairement suspendre le Pacte de stabilité pour permettre aux États membres de déroger aux règles budgétaires face à la pandémie.

Enfin, nos ministres des finances, après deux tours de négociations difficiles mais couronnées de succès, ont convenu du plus important programme de soutien à l’économie européenne jamais réalisé. Les enjeux étaient cruciaux et le débat complexe, mais le consensus a prévalu et la France et l’Allemagne ont uni leurs forces pour trouver une solution afin de mobiliser toutes les ressources nécessaires pour assurer la reprise de nos économies : outre l’action de la Banque centrale européenne, la Banque européenne d’investissement, le budget européen et le mécanisme européen de stabilité seront mobilisés pour assurer la protection des travailleurs, des entreprises et des États. Même si elle n’est pas dans la zone euro, la Pologne bénéficiera du programme de solidarité SURE pour les salariés en chômage technique (volume : 100 Mrd d’euros) et de l’élargissement des fonds de garantie de la Banque européenne d’investissement (+ 200 Mrd d’euros). Plus globalement, tous les instruments permettant d’assurer un soutien aux économies de la zone euro favoriseront la stabilité économique du continent et donc de la Pologne.

L’Europe fait face à des critiques. Mais il faut se garder dans cette situation de jugements hâtifs. N’oublions pas que l’Union européenne n’a pas de compétences dans le domaine de la santé et n’a pas été conçue à l’origine pour gérer une pandémie d’une telle envergure ! Elle doit s’adapter comme la plupart des grandes puissances du monde pour juguler ce fléau sanitaire.
Nous Européens prenons, ensemble, des décisions d’une ampleur inédite dans l’histoire de notre union. Le signal est clair : nous n’hésiterons pas à innover ensemble pour protéger les secteurs les plus touchés et leurs salariés, à chaque fois que cela sera nécessaire et sans oublier les citoyens. Nous devons faire bloc face au virus.

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a bien résumé l’enjeu auquel nous sommes confrontés : « c’est bien le désir d’une Europe résiliente et vivante qui nous unit tous, que ce soit au nord ou au sud, à l’est ou à l’ouest. Et soyons-en conscients : nous nous souviendrons longtemps des décisions que nous prenons aujourd’hui. Et c’est sur elles que reposeront les fondements de l’Union européenne de demain. »

Sur la voie choisie - unis et solidaires - nous surmonterons cette crise et nous gagnerons le combat contre cette pandémie.

- Tribune de l’ambassadeur de France, Frédéric Billet et de l’ambassadeur d’Allemagne, Rolf Nikel parue dans "Rzeczpospolita" le 23 avril 2020

Dernière modification : 24/04/2020

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