Notre-Dame de Paris, européenne et universelle [pl]

Notre-Dame de Paris, européenne et universelle

Comme beaucoup de Français, je me suis réveillé au matin du 16 avril en me demandant si j’avais eu un affreux cauchemar : Notre-Dame de Paris en flammes, sa flèche s’effondrant, la multitude rassemblée autour, dans la sidération, l’effroi, les larmes, et pour certains la prière.

C’est bien le cœur de Paris, un des symboles de notre histoire, de notre civilisation, de notre culture, qui a brûlé. Notre-Dame est un haut lieu de spiritualité, en quelque sorte l’église-mère pour les catholiques en France. Le choc a été d’autant plus grand que l’incendie est intervenu au début de la semaine sainte. Mais sa signification est beaucoup plus large comme l’a montré la vague d’émotion en France, en Europe et bien au-delà, submergeant les chrétiens ou autres, les croyants ou non. Partout, dominait le sentiment d’une perte pour le patrimoine commun de l’humanité. Chacun a sa relation avec ce monument (dont l’entrée est gratuite) visité par 14 millions de personnes chaque année.

Haut lieu de la mémoire nationale, il est le témoin des grands événements de l’histoire de France parmi lesquels le sacre de Napoléon, le 2 décembre 1804, le Te Deum à la libération de Paris le 26 août 1944 avec le Général de Gaulle. Commencée en 1163 et terminée au milieu du XIVème siècle, Notre-Dame a traversé toutes les vicissitudes, la Révolution, les guerres, sans oublier les restaurations avec ses récurrentes controverses entre les anciens et les modernes. Une des plus intenses a eu lieu au XIXème siècle lorsque l’architecte Viollet-le-Duc souhaita réinventer Notre-Dame avec sa conception de la flèche de la cathédrale.

Notre-Dame de Paris est aussi un personnage littéraire et cinématographique. Elle a été immortalisée dans le chef d’œuvre de Victor Hugo en 1831 qui a connu de nombreuses adaptations au cinéma, y compris d’animation avec « Le bossu de Notre Dame » de Disney (1996). Je recommande tout particulièrement le film (1939) de William Dieterle réalisateur allemand exilé aux Etats Unis « Quasimodo, le bossu de Notre Dame » avec Charles Laughton et Maureen O’Hara, selon moi le meilleur. Il y a aussi la comédie musicale au succès mondial composée par Richard Cocciante que j’ai eu le plaisir de voir à Gdynia, en décembre 2016, au Teatr Muzyczny où elle se joue encore ; une belle occasion de vibrer à l’amour de Quasimodo pour Esmeralda.

Un extraordinaire élan de solidarité s’est manifesté en France, en Europe et au-delà. De Pologne, les messages de compassion et de solidarité ont afflué. Des plus hautes autorités avec la lettre du Président Duda au Président Macron, les réactions du Premier ministre Morawiecki, du vice-Premier ministre, ministre de la culture Glinski aux simples particuliers, touchés dans leur cœur d’amis de la France. Des collectivités locales, Varsovie, Cracovie, Gdansk, Lodz, Lublin et tant d’autres. Des offres de dons et de services nous sont parvenues.

J’ai été très touché par ces marques d’attention et souhaite ici exprimer ma reconnaissance. Il y a malheureusement toujours certains, en Pologne et ailleurs, qui ne peuvent s’empêcher d’instrumentaliser religieusement ou politiquement ce triste événement, y voir quelque complot ou punition divine. Ces réactions indécentes sont choquantes.

Dans les jours suivants l’incendie, quelques bonnes nouvelles sont arrivées. La toiture a entièrement brûlé mais les deux beffrois et la structure ont été préservés grâce à l’héroïsme des pompiers. Les reliques ont pu être mises à l’abri, en particulier la couronne d’épines et la tunique de saint Louis. Les rosaces ont résisté. Les sculptures des douze apôtres et des quatre évangélistes ornant le toit de la cathédrale avaient été enlevées quelques jours auparavant pour être restaurées. Une expertise détaillée des dommages est en cours.

Il nous faut maintenant regarder l’avenir. Le Président de la République française a lancé la mobilisation pour la reconstruction de la cathédrale et a souhaité que le travail soit achevé d’ici 5 années. Un concours international d’architecture va être lancé. L’Etat, propriétaire des cathédrales et finançant leur entretien et leur restauration, jouera tout son rôle. Un dispositif opérationnel a été arrêté avec la nomination du Général Jean-Louis Georgelin, ancien chef d’état-major des armées et grand chancelier de la Légion d’honneur, comme représentant spécial du Président de la République pour piloter la reconstruction, et d’un ambassadeur Stanislas de Laboulaye, ancien ambassadeur en Russie et auprès du Saint-Siège, en charge de sa dimension internationale. Une souscription nationale et internationale a été ouverte.

Afin de faciliter la levée de fonds, le Gouvernement a mis en place un portail commun www.rebatirnotredame.gouv.fr qui fédère quatre établissements et fondations d’utilité publique habilités à recevoir des dons. Ces plateformes respectent plusieurs engagements : le reversement intégral des sommes collectées, la sécurisation des paiements, la garantie de transparence des modalités de collecte des fonds. Elles ont vocation à recueillir le plus largement possible les dons français et internationaux en cours de mobilisation.

J’ai été frappé par l’ampleur du choc en Europe. L’émotion y a été très forte car Notre-Dame a, pour nous, une signification civilisationnelle ; sans doute aussi car ce drame fait écho à notre histoire européenne, si marquée par la destruction et la reconstruction. Les Polonais le savent trop bien. Cette cathédrale nous paraissait éternelle, elle s’est révélée destructible. Cette catastrophe nous a ainsi fait prendre conscience en Europe de la fragilité de notre patrimoine et de l’importance de sa sauvegarde.

Dans cet esprit, seront conviés à Paris, le 3 mai, les ministres de la Culture et des Affaires européennes, pour réfléchir à un mécanisme de coopération pour le patrimoine européen en péril, visant à se prêter assistance, à partager des expériences et des compétences. L’initiative vise également à faciliter l’engagement de la jeunesse européenne sur les chantiers de rénovation du patrimoine. La Pologne est invitée.

Renouons avec la grande tradition européenne des bâtisseurs de cathédrales.

Pierre Lévy
Ambassadeur de France en Pologne

- La tribune de l’Ambassadeur est parue dans "Rzeczpospolita" : https://www.rp.pl/Publicystyka/190429653-Notre-Dame-uniwersalna.html

Dernière modification : 13/05/2019

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