L’entretien de M. Frédéric Billet pour la revue "Roman" de l’Université Jagellonne [pl]

La Rédaction de la revue étudiante « Roman » : Monsieur l’Ambassadeur, permettez-nous de vous remercier d’avoir accepté de répondre à nos questions. D’abord, nous aimerions vous demander quand et pourquoi avez-vous choisi de devenir diplomate ? Est-ce que vous avez planifié votre formation ? Avez-vous décidé de suivre des études liées à ce domaine depuis le début ? Comment avez-vous combattu le problème de la concurrence qui caractérise cette profession ?

Je me suis toujours passionné depuis mon enfance pour les relations internationales et les langues étrangères. Après le baccalauréat et des études universitaires, j’ai commencé une carrière militaire après avoir intégré les écoles militaires de Saint-Cyr Coëtquidan et des études approfondies en histoire militaire et de défense nationale à l’Université de Montpellier. J’avais parallèlement suivi des études approfondies en études slaves à l’Université de Paris Sorbonne, j’ai soutenu ma thèse de doctorat de 3e cycle. C’est alors que j’ai décidé d’embrasser la carrière diplomatique en passant le concours d’Orient (Europe orientale) du Ministère des Affaires étrangères en janvier 1992. J’ai eu la chance de m’occuper de la Pologne dans mon premier poste entre 1992 et 1995, en raison de mon parcours universitaire (j’avais appris le polonais à la Sorbonne).

Le milieu diplomatique est certes très concurrentiel, mais chaque diplomate peut s’épanouir sur des postes et des fonctions très différentes. En ce qui me concerne, j’ai eu trois dominantes dans mon parcours professionnel ; tout d’abord, la spécialisation sur l’Europe centrale et orientale, ensuite le Protocole et enfin des questions de sécurité (j’ai travaillé à l’OSCE à Vienne et je suis devenu auditeur de l’IHEDN).

« Roman » : Comment se passe le processus de préparation culturelle avant de se rendre dans un pays étranger pour y exercer une mission diplomatique ? Aviez-vous le sentiment d’être bien préparé avant de venir en Pologne ?

Avant pourvoir un poste à l’étranger, le ministère vous propose des formations adaptées et des cours de langue. En tant que titulaire de doctorat en études slaves, avant de devenir ambassadeur en Pologne, je parlais déjà le polonais et j’étais imprégné de la culture et de l’histoire polonaises. D’ailleurs, je vous dévoilerai que sur les murs de mon bureau, j’ai affiché deux textes qui sont comme des symboles très forts avec notamment la préface rédigée par Jerzy Giedroyc pour « Autobiographie à quatre mains » ainsi que la lettre d’André Malraux à la rédaction de « Kultura » de mai 1955.

« Roman » : Pourquoi avez-vous décidé de choisir la Pologne ? Qu’est-ce que vous saviez à propos de notre pays avant d’y arriver ? Est-ce que le début de séjour était surprenant pour vous ?

Le choix de la Pologne était la suite logique de mon parcours car j’avais déjà une expérience et des connaissances approfondies sur votre pays. De plus, je venais régulièrement en Pologne dans les années 90 dans le cadre de mes missions au ministère des Affaires étrangères. En devenant ambassadeur en Pologne, je vois une suite logique de mon parcours professionnel et un très fort intérêt personnel pour la culture polonaise.

« Roman » : Quels pays avez-vous visité dans le cadre de votre service diplomatique ? Quel est votre plus agréable souvenir de ces voyages ?

Au cours de ma carrière dans mon poste précédent j’ai eu la chance d’être le chef du Protocole du Président de la République, ce qui m’a donné l’occasion de visiter de nombreux pays. J’ai fait plus d’une vingtaine de fois le tour du monde et suis allé sur tous les continents. Etablir un classement des meilleurs pays est impossible car chaque pays apporte quelque chose de différent, chaque pays a son génie propre et ses particularités.

« Roman » : Quel est, selon vous, le principal défi de la politique étrangère de la France en Pologne aujourd’hui et dans les années à venir ?

Je suis venu en Pologne avec un agenda professionnel très positif : relancer la relation bilatérale entre la France et la Pologne, et densifier le dialogue entre les deux pays. La visite du Président de la République française début février marque un réel renouveau ; c’est dans votre université que le Président a prononcé un discours structurant pour nos relations bilatérales et le rôle que nos deux pays peuvent jouer en Europe. C’est à la fois très motivant, prometteur et plein d’espoir.

« Roman » : Est-ce que, en général, la coopération avec les Polonais est agréable et satisfaisante pour vous ? Comment percevez-vous nos concitoyens ?

Je suis très satisfait de la coopération franco-polonaise qui est multi-vectorielle. La coopération dans le domaine politique qui s’est activée après la visite d’Emmanuel Macron en Pologne. Je tiens à rappeler également qu’en 2019, nous avons célébré le centenaire de nos relations bilatérales. Et puis il y a la coopération scientifique et universitaire dans le cadre de laquelle je me suis rendu à l’Université Jagellonne. Il y a ensuite les échanges culturels qui sont très denses, et la promotion de l’apprentissage du français. La coopération dans le domaine économique reste exemplaire, la France est parmi les plus grands investisseurs étrangers en Pologne et les sociétés françaises créent en Pologne 200 000 emplois. Il y a enfin la coopération décentralisée avec Eco-Miasto, le projet phare de l’ambassade qui promeut l’échange de bonnes pratiques entre les villes françaises et polonaises.

« Roman » : Pendant votre visite à l’Université Jagellonne, vous vous êtes adressé surtout à nous, les jeunes. Qu’est-ce que vous pensez à propos de notre apport à la diplomatie ? Est-ce que nous pouvons l’influencer ? Comment ?

Le Président Emmanuel Macron l’a dit ici à l’Université Jagellonne que votre génération a une responsabilité extraordinaire, notamment de « ne pas laisser l’histoire se répéter et retomber dans ses affres et de ne pas considérer que, au fond, la solution aux défis contemporains soit dans l’affaiblissement de l’Europe ». « N’ayez pas peur », comme a dit le Président.

« Roman » : Nous préoccupe aussi une question plus légère, à savoir la cuisine. Les plats polonais sont substantiellement différents de ceux français. Comment surmontez-vous ce problème ? Aimez-vous découvrir de nouveaux goûts ou êtes-vous fidèle à la cuisine maternelle ?

Je découvre avec plaisir les plats régionaux. Dans le cadre de mes déplacements, j’ai l’occasion de goûter la cuisine polonaise traditionnelle et moderne. J’aime bien aller également de temps en temps dans les « Zapiecek » et les « Bar Mleczny ». La gastronomie polonaise est de très bonne qualité et même dans ce domaine, il y a une coopération entre la France et la Pologne. Chaque année, l’ambassade de France invite les restaurants polonais à participer à une action de promotion de la cuisine française « Goût de France/Good France ». Les chefs polonais ont la liberté de mettre en œuvre leur créativité en utilisant les produits de terroirs polonais, tout cela pour fusionner tout ce qu’il y a de meilleur dans les cuisines de France et de Pologne.

« Roman » : Monsieur l’Ambassadeur, merci de nous avoir accordé cet entretien.

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Dernière modification : 17/11/2020

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