L’aide de la France aux Polonais sous l’état de siège [pl]

Il y a 35 ans, le 13 décembre 1981, le général Wojciech Jaruzelski annonçait tôt le matin à la radio et à la télévision l’instauration en Pologne de la loi martiale. Dans les heures qui avaient précédé son allocution, l’armée et la milice étaient sorties des casernes pour occuper les rues et fermer usines, écoles et universités, tandis que les services de sécurité avaient procédé pendant la nuit à l’arrestation de plus de 3 000 opposants à la dictature communiste. Parmi eux se trouvaient trois futurs présidents de la République - Lech Wałęsa, Lech Kaczyński et Bronisław Komorowski – ainsi que d’autres figures importantes de l’opposition comme Władysław Bartoszewski, Bronisław Geremek, Tadeusz Mazowiecki, Adam Michnik ou encore Karol Modzelewski pour ne citer que les noms les plus célèbres en France.

Les autorités françaises de l’époque condamnent la décision du général Jaruzelski, estimant que c’est une violation des droits de l’Homme et de l’acte final d’Helsinki de 1975. Le dégel des contacts à haut niveau n’interviendra qu’en 1985, deux ans après la levée de la loi martiale.

Toutefois, dans l’intervalle, la plongée de la Pologne dans les ténèbres de l’état de siège déclenche en France un grand mouvement de solidarité populaire qui se manifeste tout d’abord par la participation de plus de 100 000 Français dans des marches de protestation contre la décision du général Jaruzelski.

JPEG - 286.7 ko
Magdalena Heruday-Kiełczewska - Histmag.org

Grande manifestation organisée à l’initiative de la Confédération française démocratique du travail devant l’ambassade de Pologne à Paris, dans les heures qui suivent l’instauration de la loi martiale le 13 décembre 1981

L’association « Solidarité France-Pologne », fondée en novembre 1980 pour soutenir le jeune syndicat libre Solidarność, change aussi de profil et recueille les dons en nature des Français pour apporter une aide matérielle aux Polonais, dont l’économie est en crise et ne parvient plus à répondre aux besoins de la population.

La cause polonaise mobilise aussi de nombreux artistes et intellectuels comme Simone Signoret et Michel Foucault, qui traversent le rideau de fer et font le voyage en Pologne pour se rendre compte de la réalité sur place et livrer des biens de première nécessité.

Simone Signoret et Michel Foucault relatent leur voyage en Pologne à Christine Ockrent sur le plateau télévisé d’Antenne 2, 6 octobre 1982

Dans l’autre sens, le diplomate français Olivier de la Baume, alors en poste à Varsovie, aide un couple de journalistes polonais à faire passer à la presse occidentale un photoreportage sur les conditions de vie sous l’état de siège. Digne d’un roman d’espionnage, cette histoire authentique vient de paraître dans un livre de Małgorzata Niezabitowska et intitulé « W twoim kraju wojna ! ».

Enfin, si les autorités françaises se contentent en apparence de condamnations verbales, en coulisses elles apportent une aide financière aux organisations clandestines de l’opposition démocratique. Après 1989 et la chute du régime communiste, les fonds restants seront notamment utilisés pour appuyer la transition démocratique de la Pologne et son intégration aux Communautés européennes.

En savoir plus :

Dernière modification : 16/12/2016

Haut de page