Journée Pologne au Sénat le 23 mars 2018

Monsieur le Président,
Monsieur le Ministre,
Monsieur le Directeur général,
Mesdames et Messieurs,

Je remercie le Sénat de nous accueillir et Business France d’avoir organisé cette journée Pologne à laquelle le ministre Jerzy Kwiecinski nous fait l’honneur de participer. Je suis très satisfait de voir l’assistance si nombreuse et d’y reconnaitre beaucoup des acteurs de la communauté d’affaires française avec lesquels nous travaillons sur place au quotidien, le service économique de l’ambassade (Philippe Gassmann) et Business France (Michel Lodolo).

Je ne suis pas surpris par cette affluence tant la Pologne suscite de l’intérêt et des interrogations. Les liens franco-polonais sont anciens, intimes entre nos deux peuples, très denses économiquement et s’inscrivent dans un avenir européen commun. Les enjeux franco-polonais ont une portée au-delà des seuls intérêts bilatéraux.

Nous venons d’écouter le message du président Larcher. J’ai eu l’honneur de l’accueillir avec d’autres Sénateurs en février dernier et sa visite fut très réussie.

Je vous présenterai d’abord une photographie de la situation actuelle avant de tracer les perspectives pour notre future relation avec la Pologne et sa place dans l’Union européenne.

I / La photographie

1. L’essor de la Pologne est une des grandes réussites européennes, depuis la chute du Mur de Berlin. Sa double adhésion (à l’OTAN en 1999, à l’Union européenne en 2004) lui a donné paix et prospérité, comme jamais dans son histoire tourmentée. Cette intégration euro-atlantique lui a permis d’accomplir un chemin impressionnant. La Pologne et l’Ukraine étaient au même niveau de développement en 1990. Le PIB polonais a plus que doublé au cours des 25 dernières années, élevant le niveau de vie de la population dans des proportions comparables. Les performances économiques prévues cette année sont excellentes. Je n’en dirai pas plus car Philippe Gassmann développera ces aspects.

2. Le pays connait un nouveau cycle politique. La victoire du parti Droit et Justice (PiS), fin 2015, a marqué une profonde rupture, après les huit ans de gouvernement de la Plate-forme civique (PO). Le pouvoir est engagé dans un processus de transformation du pays, avec une dimension identitaire et sociale marquée. Il se situe dans une deuxième phase de son action après le remplacement de Mme Szydlo par M. Morawiecki, le vice premier ministre, chargé du développement et des finances, et le remaniement ministériel début janvier. La continuité en matière économique et sociale prévaut. La nouveauté tient au ton adopté face à Bruxelles. J’y reviendrai. Le gouvernement a en ligne de mire une séquence électorale chargée (automne 2018 élections locales, automne 2019 parlementaires, printemps 2020 présidentielle). Il aborde ces échéances en position favorable, même si certaines réformes ou initiatives suscitent des débats, d’abord dans la société polonaise, mais aussi à l’étranger.

3. La Pologne est un acteur européen important.
Je rappelle simplement quelques données de base :
-  du point de vue institutionnel, la Pologne dispose au Conseil de l’Union européenne de 27 voix (France 29), de 51 députés au Parlement européen (France 74), un polonais Donald Tusk à la présidence du Conseil européen, un des postes les plus éminents dans l’Union européenne ;
-  la Pologne est active dans un certain nombre de formats, en particulier dans le cadre du groupe de Visegrad. Elle constitue avec nous et l’Allemagne le triangle de Weimar qui se réunit à différents niveaux. Elle siège au Conseil de sécurité pour deux ans depuis le 1er janvier dernier. Nous nous retrouvons ensemble pour maintenir la paix et la sécurité internationales.

II / les perspectives

1. Notre avenir commun est largement déterminé par les évolutions de l’Union européenne.

Au plan économique, l’Europe sort de la crise et le contexte est favorable pour aller de l’avant. Refondation, relance ou réforme, quelles que soient les termes, il faut profiter de l’embellie européenne pour avancer et non agir sous la pression des crises comme nous avons dû le faire au cours de ces dernières années.

La perspective est claire : une nouvelle séquence européenne s’amorce après les élections en France et la formation du gouvernement allemand. La Chancelière Merkel était à Paris le 16 mars puis à Varsovie le 19. Nous voulons une Union européenne qui soit un espace de croissance, combinant compétitivité et cohésion sociale, un espace de sécurité, un espace fondé sur des valeurs communes. Dans son discours de la Sorbonne, Emmanuel Macron a mis nos idées sur la table. Ce processus est naturellement ouvert à la Pologne, comme il l’est à tous. Ce grand partenaire a, selon nous, vocation à être au cœur du jeu et non dans la périphérie. A lui de déterminer comment il entend se positionner dans ce mouvement.

Tout est proposé, rien n’est imposé. Ainsi nous ne la forcerons pas à adhérer à la monnaie unique. Mais il faut pouvoir progresser, notamment en renforçant la zone euro ce qui est dans l’intérêt de tous, en répondant aux préventions ou inquiétudes polonaises. Nous sommes attachés à l’unité européenne. La France est active également dans le domaine de la défense et de la sécurité, à juste titre si important pour Varsovie. Elle est déjà la première puissance militaire dans l’Union européenne avec un modèle d’armée complet et ce sera encore plus le cas après le départ du Royaume Uni. Elle est engagée pour la sécurité des Européens à l’Est, - avec une politique claire vis-à-vis de la Russie -, comme au Sud, et attentive à la bonne articulation entre l’Union européenne et l’OTAN. Son industrie de défense est performante.

2. Très concrètement, la séquence actuelle est marquée par des négociations très lourdes : celle concernant le Brexit, celle relative au prochain cadre financier pluriannuel 2021-27, c’est-à-dire que la PAC et les fonds structurels seront en jeu. Ces enjeux seront des épreuves de vérité pour les Européens et leur issue façonnera durablement l’Union européenne future. Je mentionne aussi la poursuite de la lutte contre le dérèglement climatique. A cet égard, la prochaine échéance majeure est la COP24, à Katowice en décembre 2018. Je suis convaincu qu’il y a là une grande occasion pour avancer et une chance pour la Pologne de jouer un rôle de premier plan. Dans mes nombreux déplacements dans le pays, rencontrant à chaque fois les responsables locaux, je suis frappé par la mobilisation dans les villes et les régions. La 5ème édition de notre concours Eco-Miasto, en novembre dernier, destinée à récompenser les initiatives locales en ce domaine avec le soutien d’entreprises françaises, a connu un très grand succès (63 villes participantes, contre 29 l’année précédente). Cela traduit une prise de conscience que la transition écologique est dans notre intérêt bien compris et non le produit d’un pur idéalisme. Les Polonais veulent tout simplement vivre mieux au quotidien. Le développement de l’efficacité énergétique, de l’énergie nucléaire et des énergies renouvelables contribueront à la modernisation de nos économies et de nos modes de vie. Ils amélioreront également notre sécurité énergétique, sujet à juste titre très important pour la Pologne, ainsi que pour la France. Il y a dans ce champ beaucoup d’opportunités d’affaires.

3. La France et la Pologne ont des responsabilités majeures : notre pays est engagé dans un vigoureux processus de réforme, son attractivité renforcée. Ces évolutions positives auront des effets, - j’en suis certain-, sur le développement de la relation avec la Pologne dans tous les domaines. Je serai bref sur l’économie, abordée ultérieurement, en soulignant simplement que nos entreprises ont tous les atouts pour contribuer à la poursuite du développement du pays dans le cadre fixé par le gouvernement de M. Morawiecki, en particulier en matière d’innovation et de recherche. Je pense aussi à d’autres domaines d’avenir comme la création de véritables universités européennes, la mobilité des étudiants, des enseignants et des chercheurs.

4. Dans un contexte aussi exigeant, le dialogue est essentiel. Je ne reviens pas sur les turbulences du passé que nous connaissons. Nous travaillons ensemble à remettre de la substance dans notre relation. Notre histoire si intime, nos intérêts si liés sont autant de forces de rappel. Le président de la République a multiplié les contacts depuis son élection avec le président Duda et le premier Ministre Morawiecki, quelques jours après son investiture. Il en est de même au niveau ministériel.

L’objectif est de renforcer nos convergences, notamment sur le budget européen, le numérique, l’énergie. La concertation est étroite sur toutes les grandes crises internationales. Nous cherchons aussi à surmonter les divergences ou à les assumer. Je pense notamment à la modernisation du régime du travail détaché, un compromis a été atteint, et à la question du transport routier sur laquelle nous nous concertons. S’agissant de la question de l’Etat de droit qui n’est pas, - je le souligne -, un différend bilatéral, le président de la République, tout en reconnaissant le droit de la Pologne à réformer son système judiciaire, s’est exprimé clairement en faveur d’une issue conforme aux dispositions européennes et de la poursuite du dialogue de Varsovie avec la Commission européenne. Il est de l’intérêt de la Pologne que les discussions en cours aboutissent.

A cet égard, il faut être conscient que le respect des valeurs européennes n’est pas une question abstraite. Il a une portée très concrète sur l’attractivité du pays, l’environnement des affaires, la crédibilité du marché unique et nombre de mécanismes européens fondés sur le bien commun que représentent nos systèmes judiciaires. N’oublions pas que le juge national est aussi juge européen.

Dernière modification : 29/03/2018

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