Interview de l’Ambassadeur sur l’opération Goût de France [pl]

[Traduction du polonais]

Le 21 mars, la France sera le seul pays dans le monde où il y aura plus de restaurants qui participeront à l’événement « Goût de France » qu’en Pologne. Comment expliquer cet engouement des Polonais pour la cuisine française ?

Nos peuples sont unis par une profonde amitié et par le même amour pour la cuisine, c’est clair. Mais en outre, les Polonais vivent de mieux en mieux, ils voyagent plus souvent, ils cherchent de nouvelles sensations – également culinaires. Nous voulons les convaincre que la cuisine française est accessible à chaque budget. De nombreux Polonais restent intimidés par cette cuisine. Prenons les vins français : je constate souvent que les gens ont du mal à choisir. En effet, sur l’étiquette on a l’indication d’origine contrôlée, le cépage, le domaine et l’année de récolte. Dans de tels cas j’essaie de les aider. Les hypermarchés français, très nombreux également en Pologne, eux aussi offrent sous leur propre marque des produits régionaux français en permettant à de nouveaux gourmets d’accéder à des prix modiques à notre richissime monde des fromages et de la charcuterie.

Nous avons adopté une philosophie semblable en organisant « Goût de France ». Ce jour-là, un repas à la française sera servi en Pologne par plus de 130 restaurants. Leur liste est sur le site de l’Ambassade de France. On y trouve aussi bien des restaurants chics que plus simples. D’ailleurs, certains d’entre eux ne sont pas spécialisés dans la cuisine française. Nous voulons aussi que nos cultures poursuivent leur dialogue, c’est pourquoi nous trouverons des accents polonais, des produits typiquement polonais, dans certains plats servis.

Pourquoi la cuisine française est-elle exceptionnelle ?

On peut en parler longuement. Mais son secret est probablement une fusion exceptionnelle des plats et des vins, la subtilité dans le choix des produits saisonniers et l’ambiance unique dans laquelle on sert les plats. Je me rappelle très bien que, quand j’ai passé mon bac en 1971, mon père m’a invité au restaurant « Taillevent », un des restaurants les plus renommés à Paris. Ma mère ne nous a rejoints qu’au moment du dessert, car mon père voulait que ce soit une soirée entre hommes, une introduction symbolique dans le monde des adultes. J’ai gardé un souvenir plus vif de cette soirée que des épreuves du bac.

Votre carrière diplomatique est exceptionnelle. Au Kremlin, à Maison Blanche ou chez la Reine d’Angleterre mange-t-on moins bien qu’à Paris ?

Je ne veux pas provoquer d’incident diplomatique (rire). Mais au Quai d’Orsay (siège du ministère des Affaires étrangères) et à l’Elysée, les repas sont véritablement exceptionnels. A l’ambassade de France à Varsovie, nous avons aussi un excellent cuisinier. Dans un traité du XVII siècle, que j’ai trouvé par hasard, un ministre écrit qu’un ambassadeur a deux collaborateurs particulièrement indispensables ; le chiffreur et le cuisinier. Nous n’avons plus besoin de chiffreurs, mais un cuisinier a une importance stratégique pour attirer des invités.

Vous aimez tout ce qu’offre la cuisine française ?

En tant qu’ambassadeur de France, je ne devrais pas le dire, mais je ne suis pas un grand passionné des cuisses de grenouille. Je n’aime pas non plus le lapin. Mais il ne pose pas de grands problèmes, car il a de petits os et il est assez facile de faire semblant de le manger sans froisser l’hôte. J’adore en revanche le poisson et les coquilles St. Jacques, de préférence avec de l’ail.

A Paris, je peux traverser toute la ville pour trouver au marché un produit indispensable pour le plat que je prépare. Je connais un magasin avec des produits laitiers fabuleux ! J’entre et je dis : Madame, vos fromages sont trop affinés, ils sont laids, ne sentent pas bon. Personne ne vous les achètera. Je les prendrai, mais après une réduction de prix. Et elle me répond : je vous connais, vous êtes un connaisseur, je ne me laisserai pas avoir ! Nous rions ensemble. C’est un théâtre merveilleux.

Vous n’avez pas de tels plaisirs à Varsovie ?

Mais si ! On mange très bien à Varsovie et en Pologne, il y a beaucoup de restaurants, également français. Depuis un an, nous avons une édition polonaise du guide Gault&Millau. Le choix est grand !

Dernière modification : 29/03/2018

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