Discours prononcé à l’occasion de la remise des insignes à quatre éminentes personnalités polonaises (2 octobre 2012) [pl]

Remise des insignes
de chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres à Mme Barbara Podmiotko,
de chevalier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur à M. Marek Ostrowski,
d’officier dans l’Ordre national du Mérite au Père Józef Maj,
de commandeur dans l’Ordre national du Mérite au Père Adam Boniecki,

(Résidence de France, le 2 octobre 2012)

Messieurs les ministres
Messieurs les ecclésiastiques
Madame la rédactrice
Monsieur le rédacteur
Mesdames et Messieurs, chers amis,

Nous sommes réunis aujourd’hui pour honorer quatre éminentes personnalités polonaises qui ont été distinguées par la France, dans l’Ordre des Arts et des Lettres, dans l’Ordre de la Légion d’Honneur et dans l’Ordre national du Mérite.

L’Ordre des Arts et des Lettres est l’un des quatre ordres ministériels de la République française et en conséquence l’une de ses principales distinctions honorifique, par laquelle le Ministère de la Culture et de la Communication honore les personnes qui se sont illustrées par leurs créations dans le domaine artistique ou littéraire, ou par la contribution qu’elles ont apportée au rayonnement de la culture française dans le monde.

L’Ordre national de la Légion d’Honneur a été institué par Napoléon Bonaparte en 1802 et l’Ordre national du Mérite par le général de Gaulle en 1963. Ces deux ordres récompensent les mérites de personnalités ayant contribué de façon exemplaire au rayonnement de la France et des valeurs qu’elle défend.

Avant de remettre leurs insignes à Mme Barbara Podmiotko, à M. Marek Ostrowski, au Père Józef Maj et au Père Adam Boniecki, permettez-moi d’évoquer brièvement, comme le veut la tradition, les mérites propres qui leurs valent d’être ainsi distingués par la France.

* * *

Madame la rédactrice, chère Barbara Podmiotko, il est, je pense, inutile de vous présenter : tous les amoureux de la chanson française en Pologne – qui sont nombreux ici présents – vous connaissent et connaissent l’émission que vous animez avec passion depuis 1983 sur la 3ème chaîne de la radio polonaise, Pod dachami Paryża.

De Vilnius – où vous êtes née – à Varsovie, en passant, donc, par les toits de Paris, « votre vie est une chanson… française »
Vous avez contribué au fil des émissions à faire connaître – et plus encore : à faire aimer – à plusieurs générations de Polonais les plus grands noms de la chanson française, comme Aznavour, Brel, Brassens… mais également des artistes francophones généralement moins connus à l’étranger comme Les Négresses vertes, Jacques Higelin ou Michel Fugain.

Vous avez su mettre vos dons indéniables de présentatrice au service de votre amour de la musique, pour faire partager à vos compatriotes polonais non seulement votre impressionnante érudition dans ce domaine, mais avant tout votre passion pour la chanson française.

Chère Barbara Podmiotko, le chanteur français Jean-Jacques Goldman aurait pu vous dédier ce refrain, dont les paroles vous vont si bien : « elle y mettait du temps, du talent et du cœur, ainsi passait sa vie au milieu de nos heures, et loin des beaux discours, des grandes théories, elle changeait la vie ! ».

Pour votre temps, votre talent et votre cœur, pour avoir tant fait et continuer encore à tant faire pour le rayonnement de la culture française en Pologne, pour votre amour de la France, pour votre engagement en faveur de l’amitié entre nos deux pays, vous méritez, chère Barbara Podmiotko, ces insignes de chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres.

Barbara Podmiotko, au nom du Ministre de la Culture et de la Communication, nous vous faisons chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres.

* * *

Monsieur le rédacteur, cher Marek Ostrowski, vous êtes, vous aussi, natif de Vilnius, que votre famille a dû quitter peu après votre naissance pour venir s’installer dans les nouvelles frontières de la Pologne d’après-guerre.

Vous poursuivez d’abord des études de droit à l’Université de Varsovie dont vous sortez diplômé en 1968. C’est cependant vers le journalisme et les affaires internationales que vous décidez de vous orientez.

D’abord journaliste à l’Agence polonaise de presse, la PAP, vous serez correspondant de cette agence en France de 1979 à 1986. Ces années passées à analyser et commenter pour le public polonais l’actualité française feront de vous l’un des meilleurs connaisseurs de la vie politique française, dont vous continuerez à observer l’évolution après votre retour en Pologne.

Vous avez également été correspondant de la PAP à Genève, de 1989 à 1991, et à Londres, de 1991 à 1994. De retour en Pologne, vous assumez les fonctions de rédacteur en chef adjoint du service étranger de l’Agence polonaise de presse, tout en entamant une collaboration fructueuse avec l’hebdomadaire Polityka.

Vous êtes actuellement, après plusieurs centaines d’articles, de chroniques et de reportages, et après avoir été chef du service étranger de Polityka, l’une des plumes les plus reconnaissables de cet hebdomadaire.

Journaliste réputé et reconnu par vos pairs, fin connaisseur de la politique européenne, vous êtes un ardent avocat de la coopération franco-germano-polonaise dans le cadre du triangle de Weimar. Vous avez d’ailleurs reçu en 2000 le Prix « Weimar », prix franco-allemand du journalisme en Pologne.

Vos articles, parfois critiques, toujours justes, ont largement contribué à faire de la France une référence toujours présente à l’esprit des lecteurs polonais dans les domaines de la politique, des questions européennes ou de société. Pour avoir ainsi contribué à une meilleure connaissance de la France en Pologne, ainsi que pour vos remarquables talents de journaliste, vous avez été nommé chevalier dans l’ordre de la Légion d’Honneur.

Marek Ostrowski, au nom du Président de la République, nous vous faisons chevalier de la Légion d’Honneur.

* * *

Mon Père,
Vous êtes né à Kostki Duże, dans la région de Ponidzie, dans une famille dont les liens avec la France sont très anciens, puisque certains de vos ancêtres paternels avaient trouvé refuge en France après l’échec des insurrections de 1831 et de 1863. Encore aujourd’hui, certains membres de votre famille sont installés en France.

Vous effectuez vos études de littérature polonaise à l’Université de Varsovie où vous obtenez votre maîtrise en 1964 puis vous travaillez à l’Institut des Recherches Littéraires de l’Académie des Sciences à Varsovie. Pendant toutes ces années, fort de la tradition de résistance de votre famille et du peuple polonais, vous militez à l’Université au sein des mouvements patriotiques chrétiens.

En 1968 vous entrez au séminaire et en 1973 vous êtes ordonné prêtre par le Primat de Pologne, le Cardinal Stefan Wyszyński. Vous vous engagez alors dans l’aumônerie académique au sein du milieu universitaire et scientifique de Varsovie.

Vous serez ainsi tout naturellement amené à devenir l’aumônier de l’Association indépendante des étudiants (NZS), association créée en 1980 à partir de l’union de plus de 60 organisations étudiantes opposées à la dictature communiste.

Lorsqu’en décembre 1981 est proclamé l’état de guerre en Pologne, vous créez et organisez un Comité d’aide aux victimes de l’état de guerre qui distribue des médicaments et prodigue des soins médicaux aux opposants internés ; ce Comité bénéficie de l’aide internationale, et en premier lieu, de l’aide française, des dizaines de milliers de Français manifestant alors leur solidarité avec les victimes de la répression politique en Pologne.

Après la chute du régime communiste, vous continuez à jouer un rôle social actif, notamment comme aumônier de nombreuses associations des milieux universitaire et académique, associations dont je salue les représentants ici ce soir.

Vous êtes également depuis 1985 curé de la paroisse Sainte Catherine à Służew, dont l’église est la plus ancienne attestée par les sources sur le territoire actuel de Varsovie.

Mon Père, vous êtes l’une des figures de la lutte de la nation polonaise contre l’oppression communiste, votre histoire familiale comme votre histoire personnelle témoignent de l’importance à travers les siècles de la solidarité entre nos deux peuples dans le combat pour la liberté. Votre action et votre engagement en faveur de la démocratie vous valent d’être distingué par la France dans l’Ordre national du Mérite.

Józef Maj, au nom du Président de la République, nous vous faisons officier de l’Ordre national du Mérite.

* * *

Mon Père,
Né dans la Varsovie d’avant-guerre, votre vocation religieuse est précoce, puisque dès l’âge de 18 ans vous rejoignez la congrégation des Pères mariens. Huit ans plus tard, en 1960, vous êtes ordonné prêtre.

Après des études de philosophie à l’Université Catholique de Lublin, vous commencez à travailler en 1964 pour l’hebdomadaire Tygodnik Powszechny, auquel votre carrière journalistique sera désormais liée.

Au début des années 1970 vous étudiez la sociologie à l’Institut Catholique de Paris. Vous garderez de ces années un attachement très fort pour notre pays et sa culture, dont vous vous imprégnez.

En 1979 et jusqu’en 1991, à la demande expresse du pape Jean-Paul II, vous assumez les fonctions de rédacteur en chef de l’édition polonaise de l’Osservatore Romano. Vous publiez par ailleurs en 1983 une biographie du pape polonais intitulée Kalendarium życia Karola Wojtyły.

Pendant les années 1980, vous dénoncez avec fermeté de votre plume le régime communiste. Vous nouez également des liens à cette époque avec ceux en France qui soutiennent activement le combat du peuple polonais contre la dictature.

En 1993, vous devenez supérieur général de votre congrégation, ce qui vous vaut d’accompagner à maintes reprises le pape Jean-Paul II dans ses tournées pastorales sur les cinq continents.

En 1999, comme rédacteur en chef de Tygodnik Powszechny, vous contribuez à faire de cet hebdomadaire un forum critique et ouvert d’intellectuels catholiques, partie prenante des débats qui agitent la société polonaise, qu’il s’agisse du rôle de l’Église dans la nouvelle Pologne ou de l’évolution de l’idée de nation dans l’Europe unie.

Votre charisme, votre haute autorité morale, votre ouverture et votre tolérance, votre défense, toujours, de la liberté d’expression et de la démocratie, valeurs qui sont aussi celles de la France, font de vous, mon Père, l’une des personnalités marquantes de l’Église polonaise du XXIème siècle.
Francophone, francophile, vous êtes, depuis toujours, engagé dans le dialogue franco-polonais, et c’est ce qui vous vaut, avec vos mérites propres, d’avoir été promu au grade de Commandeur dans l’Ordre national du Mérite.

Adam Boniecki, au nom du Président de la République, nous vous faisons commandeur de l’Ordre national du Mérite.

Dernière modification : 04/12/2012

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