Discours à l’occasion de la remise de décoration (6 mars 2018) [pl]

Madame la Ministre,
Mesdames et Messieurs les Professeurs,
Cher Maître,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

J’ai le plaisir de vous accueillir ce soir à la résidence de France pour rendre hommage à Małgorzata Omilanowska, Wojciech Pszoniak, Piotr Skubiszewski, en les distinguant dans l’ordre des Arts et des Lettres.

Cet ordre a été créé en 1957 pour « récompenser les personnes qui se sont distinguées par leurs créations dans le domaine artistique ou littéraire ou par la contribution qu’elles ont apportée au rayonnement des Arts et des Lettres en France et dans le monde ».

La cérémonie de ce soir est très particulière car nous allons vous faire commandeurs des Arts et des Lettres. Chacun mesure la valeur de cette haute distinction. Et quel beau titre ! C’est avec une grande fierté et beaucoup de joie que je me retrouve devant vous.

Les mérites de cet ordre que je viens de décrire jalonnent vos parcours respectifs. Par-delà leur diversité, -responsable politique, acteur, historien-, vous avez en commun un même engagement passionné et, bien sûr, beaucoup d’intérêt, le mot est faible, pour la culture française. Certains liens avec la France correspondent à des séquences de votre vie, des tournages en France, des visites officielles, des travaux de recherche et d’enseignement. Mais le lien est par-dessus tout spirituel. Vous croyez au pouvoir des choses de l’esprit, à la force de la création artistique, à la puissance émancipatrice de la Culture, à tout ce qui nous élève. Et c’est pourquoi la France, -la République des Arts et des Lettres devrais-je dire-, vous reconnait parmi ses enfants. Vous incarnez en effet nombre de ses aspirations et de ses combats : la diversité culturelle, la francophonie, le plurilinguisme, la vivacité du cinéma européen, les défis à l’âge de l’internet. Grâce à votre engagement remarquable, vous avez contribué de manière unique au développement des relations franco-polonaises et à la présence de la culture française en Pologne. Vous avez si bien enrichi cette intimité franco-polonaise si unique. Vos parcours sont un hommage très vivant à une France où il fait bon créer, étudier et enseigner en toute liberté. J’y vois aussi, plus fondamentalement, nos valeurs communes et notre avenir européen.

Avant de procéder à la remise de vos insignes, je vais rappeler, comme le veut la tradition, vos mérites qui vous valent d’être promus au plus haut grade de cet ordre. L’exercice n’est pas facile compte tenu de la richesse de vos itinéraires. Depuis Don Juan, tout commandeur a sa statue et j’espère éviter de vous statufier et de vous pétrifier.

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Je me tourne tout d’abord vers Wojciech Pszoniak.

Diplômé de L’Ecole Supérieure de Théâtre de Cracovie, vous débutez sur scène chez l’un des plus éminents metteurs en scène polonais : Konrad Swinarski. Depuis, dans votre parcours artistique vous serez dirigé par les plus importants metteurs en scène et réalisateurs polonais, pour ne citer que Zygmunt Hübner, Adam Hanuszkiewicz, Jerzy Kawalerowicz ou Agnieszka Holland.

Mais c’est sans doute la rencontre avec Andrzej Wajda dont vous devenez l’acteur fétiche qui marque un tournant dans votre carrière. Vous vous distinguez entre autres dans les rôles de Piotr Stépanovitch Verkhovenski dans
« Les démons » de Fiodor Dostoïevski, Moritz Welt dans « La Terre de la Grande Promesse », rôle pour lequel vous êtes récompensé au Festival de Gdańsk en 1975 et Robespierre dans « L’Affaire Danton ». J’ai plein les yeux de cette scène d’une extrême violence symbolique de diner entre Robespierre et Danton et de sa claque sur vos cheveux poudrés. Le même rôle dans le film « Danton » vous vaudra par ailleurs le prix d’interprétation masculine au Festival des Films du Monde de Montréal en 1983 ex aequo avec Gérard Depardieu.

Dans les années 80 vous décidez de vous installer en France et votre carrière se poursuit désormais à l’étranger. Vous travaillez notamment avec Topor qui vous fait jouer dans « Ubu roi » à Chaillot et Jean-Jacques Zilbermann vous confie un rôle dans « La Boutique au coin de la rue » pour lequel vous êtes nominé au Prix Molière. Vous tournez également avec Philippe de Broca dans la « Vipère au poing » et avec Joann Sfar, vous prêtez votre voix à l’un des personnages dans son célèbre « Chat du rabbin ».

Votre immense talent vous permet de jouer des rôles terrifiant (j’ai vu récemment « La Dette » de Rafael Lewandowski) et faire également preuve d’un grand talent comique – je pense ici au prix qui vous a été attribué par la revue Teatr pour votre inoubliable interprétation de François Pignon que vous avez incarné au théâtre Ateneum.

Parfaitement francophone, vous partagez votre vie avec Basia que je salue amicalement entre la France et la Pologne en œuvrant constamment pour le rapprochement de nos deux pays.

Wojciech Pszoniak, au nom de la ministre de la Culture, nous vous remettons les insignes de commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres.

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Madame la Ministre,

Après des études à l’Université de Varsovie, vous vous êtes spécialisée dans l’histoire de l’art, en particulier dans l’histoire de l’architecture. Dans ce domaine vous avez mené vos recherches aussi bien au sein de l’Institut de l’art de l’Académie Polonaise des Sciences qu’à l’Université de Gdansk.

A ce titre, on vous doit de nombreux articles et ouvrages, en particulier sur la station balnéaire de Połąga, actuellement en Lituanie, et dont l’histoire est liée à notre pays. En effet, je ne doute pas que vous ayez alors croisé, dans vos recherches, le chemin du célèbre jardinier et paysagiste français du XIXe siècle Edouard André, concepteur des parcs de Monte-Carlo, Montevideo et auquel la famille Tyszkiewicz avait fait appel pour embellir sa propriété de Połąga.

En parallèle de vos activités de recherche, c’est vers l’action publique que vous vous tournez. En 2012, vous devenez en effet sous-secrétaire d’Etat au Ministère de la Culture et du Patrimoine national, puis devenez ministre de 2014 à 2015, sous les gouvernements de Donald Tusk et Ewa Kopacz. C’est alors que vos liens avec la France s’intensifient.

Vous soutenez en effet les grands projets culturels que nous lançons à cette époque, notamment l’exposition « Napoléon et la légende des arts » qui se tient alors au Château royal de Varsovie et rappelle l’influence du style Empire sur les arts décoratifs du XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui.

C’est dans un combat important que nous nous retrouvons aussi, dès 2015 : celui pour la défense du droit d’auteur dans l’environnement numérique. Comme vous le savez, c’est un sujet extrêmement important et la France est engagée de longue date pour la juste rémunération des créateurs. Si le combat n’est toujours pas gagné, la concordance de nos points de vue sur ce sujet au plan européen a été précieuse. Votre présence aux côtés de Fleur Pellerin, alors ministre de la Culture et de la Communication, au Salon du Livre à Paris en 2015 en a témoigné. Vous avez également été à nos côtés pour demander la baisse du taux de TVA sur le livre électronique à travers une déclaration conjointe avec nos partenaires allemands et italiens, afin de permettre à l’industrie européenne d’émerger dans ce domaine.
Madame la Ministre, c’est pour votre engagement sans faille à nos côtés sur ces différents projets que vous êtes aujourd’hui distinguée dans l’Ordre des Arts et des Lettres.

Małgorzata Omilanowska, au nom de la ministre de la Culture, nous vous remettons les insignes de commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres.

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Monsieur le Professeur,

Nous en venons maintenant à un autre champ, celui de l’histoire de l’art qui incarne aussi de manière très puissante ces valeurs auxquelles nous sommes attachés. Pour le diplomate que je suis, votre nom évoque une période charnière de l’histoire de votre pays. Je pense à votre frère Krzysztof Skubiszewski, artisan des réorientations fondamentales de la politique étrangère de la Pologne entre 1989 et 1993 et fondateur du triangle de Weimar en 1991, une période que j’ai vécu intensément.
Vous aussi avez marqué de manière éminente l’histoire de l’art et plus particulièrement celle de l’iconographie préromane, romane et gothique. Vos nombreuses publications en témoignent. Au-delà, votre expertise est internationalement reconnue. Vous avez enseigné dans plusieurs universités polonaises, bien sûr -vous êtes d’ailleurs Docteur Honoris Causa de l’Université catholique de Lublin-, mais vos compétences ont également été sollicitées partout en Europe, en Suède, par exemple, ou encore aux Etats-Unis, à l’université du Kansas. Vous êtes membre de nombreux comités et de nombreuses sociétés savantes et académies de spécialistes en Europe.

Je voudrais à présent mettre l’accent sur le lien indéfectible qui vous unit à la France et parler de Poitiers. Vous avez été professeur à l’université de Poitiers, qui a reconnu vos mérites en vous faisant Docteur Honoris Causa. Votre remarquable carrière s’accompagne d’un engagement de tous les instants en faveur du renforcement des liens franco-polonais dans le domaine universitaire. Vous avez été plusieurs fois distingué dans votre pays pour votre contribution à la science, à l’art et à la culture, je pense notamment à votre distinction dans l’ordre Polonia Restituta et dans l’ordre du mérite culturel Gloria Artis.

L’impressionnant domaine chronologique et géographique de vos recherches s’étend depuis le 3e – 4e siècle jusqu’à la fin du 15e, et de l’Espagne à l’Europe centrale et de l’est, et comprend par ailleurs une très grande richesse de thématiques et d’approches méthodologiques. Vous êtes aussi un très fin connaisseur de la peinture, surtout miniature, de la sculpture et de l’orfèvrerie, un auteur de recherches approfondies sur le style, l’iconographie ainsi que les fonctions des œuvres d’art médiéval. Vous publiez régulièrement le résultat de vos recherches en de nombreuses langues, dont bien évidemment le français. Et vos livres et articles sont publiés par les revues et maisons d’édition les plus prestigieuses d’Europe.
Ce soir, je suis heureux et fier d’être celui qui témoigne, à l’humaniste et au grand européen que vous êtes, la reconnaissance de la France.

Piotr Skubiszewski, au nom de la ministre de la Culture, nous vous remettons les insignes de commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres.

Dernière modification : 08/03/2018

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