Discours à l’occasion de la fête nationale du 14 juillet 2019 [pl]

Monsieur le Président du Sénat,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,

C’est une grande joie pour moi, mon épouse Marie-Sophie et mon équipe de vous accueillir à la Résidence de France. Je remercie chaleureusement les hautes personnalités politiques et nos amis polonais qui nous font l’honneur de partager avec nous cette célébration de la République française. Votre présence, Monsieur le Ministre, nous touche beaucoup.

Ce moment est toutefois chargé, pour moi, d’une émotion particulière : c’est en effet mon dernier 14 juillet avec vous. Ce sera le cœur serré que je quitterai bientôt la Pologne où j’ai eu l’honneur et le plaisir de représenter la France pendant trois ans. Je sais que Marie-Sophie éprouve le même sentiment.

Je dirai simplement que ces années compteront beaucoup pour moi : un ancien élève de l’Ecole nationale d’administration (ENA), promotion « Solidarité », en poste en Pologne 39 ans après, continuant ici à contribuer à sa formidable réussite européenne, engagé pour faire vivre l’amitié franco-polonaise, et la satisfaction d’avoir eu un travail de diplomate très prenant avec, - je ne vous le cache pas -, ses hauts et ses bas.

Les souvenirs personnels marquants sont très nombreux mais je veux partir en vous laissant une bonne impression, c’est-à-dire en vous épargnant un discours trop long. Je n’évoquerai que quelques événements récents, comme des photographies instantanées, symboliques de la force de notre relation.

Je suis heureux qu’avant mon départ soient distingués de la manière la plus solennelle les quatre alpinistes polonais Adam Bielecki, Jaroslaw Botor, Piotr Tomala et Denis Urubko, qui ont sauvé Elisabeth Revol sur le Nanga Parbat. Nous n’oublions pas Tomasz Mackiewicz, « Tomek » qui n’a pu être sauvé. Le président de la République a décidé en mars dernier de les distinguer dans notre ordre national le plus prestigieux, la Légion d’Honneur. Il n’a malheureusement pas été possible de les réunir tous, mais nous avons la chance d’avoir Piotr Tomala, aujourd’hui parmi nous que je viens de décorer. Ses compagnons se verront remettre les prestigieux insignes dès que possible.

Autre photo, cette fois à Paris. Je me réjouis qu’une place y porte le nom de Jan Karski, inaugurée il y a un mois en présence du maire de Varsovie et de la présidente de la fondation Jan Karski, Ewa Junczyk-Ziomecka. Je la salue chaleureusement. C’est une belle initiative de la mairie de Paris. Ce héros de la résistance polonaise, Juste parmi les nations, compte parmi les consciences de l’humanité.

Comment ne pas évoquer aussi l’incendie de Notre-Dame, et l’élan d’émotion et de solidarité suscité par cette catastrophe ? Partout, dominait le sentiment d’une perte pour le patrimoine commun de l’humanité. Je remercie à nouveau toutes celles et ceux, nombreux en Pologne, pour leur compassion et leur soutien. La mobilisation pour sa reconstruction est bien lancée. Nous renouons avec la grande tradition européenne des bâtisseurs de cathédrales.

Nous fêtons cette année le centenaire du rétablissement de nos relations diplomatiques. Le 4 avril 1919, mon lointain prédécesseur Eugène Pralon a présenté au chef de l’État polonais, Józef Piłsudski ses lettres de créance. Auparavant, le 23 février, notre ministre des affaires étrangères Stephen Pichon avait envoyé la lettre vibrante à son homologue Ignacy Paderewski, évoquant « des liens immémoriaux qui unissent la Pologne à la France où la renaissance de sa patrie aura le plus grand retentissement ». Cette date mémorable s’est inscrite dans une séquence diplomatique et militaire intense marquée par l’engagement de la France pour la renaissance de la Pologne. Je vous recommande l’exposition sur les grilles de l’ambassade dont vous pouvez voir des extraits ici.

J’aime l’histoire. J’aime encore plus l’histoire utile, celle qui nous immunise contre les errements du passé et nous fortifie pour construire ensemble l’avenir, sous un horizon naturellement européen. Nous devons bâtir cet avenir sur 3 piliers fondamentaux.

La prospérité et la compétitivité d’abord. Notre relation économique et commerciale est très dynamique. Nos échanges commerciaux ont dépassé les 20 Md EUR en 2018. Plus de 1300 entreprises françaises sont implantées, représentant un stock d’investissement d’environ 18 Md EUR. Nous nous retrouvons pour promouvoir une véritable politique industrielle européenne avec des initiatives sectorielles, comme sur les batteries, et une politique européenne de concurrence adaptée à la mondialisation. Tel est l’objet du travail de Bruno Le Maire avec Jadwiga Emilewicz et leur homologue allemand Peter Altmaier, encore tout dernièrement à Poznań le 4 juillet. La France et ses entreprises ont tous les atouts pour contribuer à ce que la Pologne relève les défis de l’innovation sur la voie de la convergence.

La défense et la sécurité ensuite : la France sait combien ces enjeux sont prioritaires pour la Pologne. Elle est un partenaire sérieux. Membre permanent du Conseil de sécurité, où nous travaillons étroitement ensemble, elle est forte de ses capacités militaires et de sa crédibilité opérationnelle. Dotée d’une industrie de défense performante, la France est engagée pour la sécurité des Européens à l’Est comme au Sud. Elle agit pour le renforcement de l‘Europe de la défense en bonne articulation avec l’OTAN qui demeure, évidemment, le fondement de la défense collective en Europe. Les Européens doivent faire les efforts nécessaires pour être les acteurs et non les spectateurs des choix dictés par les autres grandes puissances.

L’éducation et la culture enfin : vous connaissez la « marque France » et notre présence active. Parmi les développements prometteurs, je mentionne la création en cours de véritables universités européennes avec 5 établissements polonais impliqués à chaque fois avec une université française, dont l’Université de Varsovie avec La Sorbonne. Le Lycée français de Varsovie est une autre institution bien implantée dans le paysage local. Créé en 1919 pour scolariser les enfants de la mission militaire française, il fête son centenaire cette année et nous sommes engagés dans sa modernisation.

Sur ces enjeux, comme sur d’autres, nous devons étroitement dialoguer. Des contacts ministériels ont été entretenus mais je regrette que la visite du Président de la République, prévue en avril, n’ait pas eu lieu.

Nous sommes à l’orée d’une nouvelle séquence européenne. Les élections européennes ont été caractérisées par la participation la plus élevée en 20 ans. Une nouvelle équipe de qualité va se mettre en place à Bruxelles et Strasbourg. La France sera en première ligne pour porter une ambition pour l’Europe, une Europe proche de ses peuples, défendant ses intérêts et ses valeurs, exportant paix et sécurité dans le monde. Je retiens aussi de ces élections une forte mobilisation de nos concitoyens dans la lutte contre le dérèglement climatique dont les effets se font sentir partout. Dans mes nombreux déplacements en Pologne, je constate le grand intérêt au plan local, simplement parce que les Polonais veulent mieux vivre. L’UE doit être en pointe dans ce combat. Travaillons à des solutions justes et équilibrées, préservant la compétitivité européenne, pour parvenir à la neutralité carbone en Europe en 2050.

C’est la construction européenne qui a permis à notre relation bilatérale de s’épanouir ainsi. C’est sa poursuite qui sera déterminante pour notre avenir. La France et la Pologne ont de grandes responsabilités communes, à la hauteur de leur histoire et de leur poids dans l’Union européenne.

Je voudrais enfin remercier chaleureusement nos généreux partenaires : Airbus, BNP Paribas, Orange, Orbis, Canal Plus, Michelin, Renault, Servier, Thales, Auchan, Lactalis, Wyborowa et beaucoup d’autres mobilisés pour faire de ce jour une réussite.

A toutes et à tous, j’exprime notre reconnaissance profonde pour ces années exceptionnelles vécues ici grâce à vous.

Chers amis,

Vive la France !
Vive la Pologne !
Vive l’amitié franco-polonaise !

Dernière modification : 16/07/2019

Haut de page