Colloque à l’occasion des célébrations des 60 ans du CCFEF

Science et société dans une Europe qui change
Colloque à l’occasion des célébrations des 60 ans du CCFEF

Discours d’ouverture de l’Ambassadeur

Monsieur le Recteur (Maciej Duszyk),
Monsieur le directeur (Nicolas Maslowski),
Mesdames et Messieurs les Professeurs,
Mesdames et Messieurs,

En 1958, à quelques mètres d’ici, dans un temps et dans une ville bien différents, le Centre de civilisation française était fondé. Michel Foucault revenait alors d’Uppsala en Suède, pour donner son premier élan au Centre, ici, à Varsovie. À l’époque déjà, malgré le rideau de fer et les frontières, malgré les méfiances et les incertitudes, des intellectuels et des chercheurs allaient d’un pays à l’autre, et jetaient les bases d’une Europe qui était encore à bâtir.

Les hommes et les femmes venus de France et de Pologne, qui se sont succédé au sein de ce Centre, devenu centre de civilisation française et d’études francophones, nous ont donné des raisons d’être optimistes. Ils croyaient en la force de l’esprit. Ils ont été la preuve que, même dans les conditions les plus difficiles, en 1968 comme en 1981, les amitiés perdurent, la pensée s’obstine, les résistances s’organisent. La construction européenne a donné un nouveau sens à cette relation. Notre Union européenne d’aujourd’hui a complétement métamorphosé nos deux pays et notre continent.

Aujourd’hui, les frontières se sont ouvertes, les mots passent en un instant d’un ordinateur à l’autre, les enseignent, chercheurs, et étudiants circulent. Les missions qui sont les nôtres désormais font certes toujours écho à celles d’hier, mais nos moyens se sont entièrement transformés.

Je voudrais d’abord remercier l’Université de Varsovie, en la personne du recteur DUSZCYK d’accueillir le centre, qui se sent chez lui, pleinement intégré dans l’université de Varsovie Ma reconnaissance va aussi aux représentants des universités françaises et polonaises, des instituts de recherches, des anciens du centre. Votre présence ici est le signe tangible de l’importance des relations bilatérales dans le domaine des sciences humaines et sociales. Le rôle du Centre et de ses amis a changé. À l’heure où nous pensons une université véritablement européenne, à l’heure où un même programme de recherche se déploie souvent dans des pays d’un bout à l’autre de notre Union, il était important et salutaire de nous réunir pour réfléchir à ces changements. Un anniversaire, en vérité, c’est plus que la commémoration du passé : c’est un regard que l’on porte vers l’avenir.

Aujourd’hui, l’université de Varsovie travaille avec Paris, Prague et Heidelberg pour construire un projet d’université européenne, l’alliance 4EU, pour construire les réseaux et les savoirs dont l’Europe a tant besoin. Hier encore, ici même à Varsovie, des représentants des quatre universités se sont rassemblés pour continuer à œuvrer de concert à cet important projet. Le recteur DUSZCYK vient d’en parler. il s’agit d’un projet phare, véritablement exemplaire

Alors, c’est un exercice stimulant et, disons-le même exaltant que de penser ensemble ces deux réalités : celle d’un Centre et d’un travail ancrés plus que jamais dans une université qui a su l’accueillir, ici à Varsovie, au plus près de ses partenaires, et celle d’une ambition qui se déploie à l’échelle européenne. Pour cette raison, je salue le programme d’une journée qui a voulu allier non seulement le projet au souvenir, mais aussi les rencontres de tous les jours aux grands réseaux de demain.

Au début de vos travaux, je voudrais vous faire partager quelques réflexions qui me sont chères. Je suis convaincu de l’importance des relations bilatérales dans le domaine des sciences humaines et sociales ; elles font partie intégrante des liens qui unissent nos deux pays. Je le constate à mon poste actuel comme lorsque j’ai dirigé le CAP, 5 ans extraordinaires, qui entretient des relations étroites avec la communauté des chercheurs. Je n’ai jamais opposé la recherche scientifique au débat d’idées et à l’aide à la décision politique, bien au contraire. J’en suis encore plus convaincu dans la période de doute généralisé que nous traversons, exposés à beaucoup de vents mauvais, sous l’effet de multiples crises. Il nous faut tout simplement, -oserais-je dire -, comprendre pour mieux agir. Les sciences sociales ont certainement un rôle majeur à jouer. La demande croissante en expertise est un vrai défi pour bon nombre d’entre vous qui êtes souvent sollicités pour donner des clefs de compréhension, historique, sociologique, anthropologique ou géographique – la grille n’est pas exhaustive. Le Centre doit donc être un lieu d’examen critique de beaucoup de concepts, de mise en perspective, en prise sur les enjeux actuels, mais à bonne distance des discours poli-tiques.
Vous avez la chance de travailler sur une pâte très riche, encore plus aujourd’hui. Après la chute du communisme, il y a eu un grand attrait pour la région à travers la problématique de la transition démocratique, économique et sociale. Puis l’intérêt a faibli, me semble-t-il, comme si l’entrée dans l’Union européenne estompait les différences nationales et nous plongeait dans un avenir commun, évidemment radieux, où les identités et leurs pires pulsions avaient disparu. Je n’y ai jamais cru. Mais je n’ai pas cru non plus que le retour de l’histoire, pour parler communément, se ferait aussi brutalement. Aujourd’hui, l’intérêt pour cette région, cet « Est » dont on reparle, est immense. On voit aussi combien ces enjeux du passé pèsent sur l’avenir, sous l’effet des réalités contemporaines et parfois de l’instrumentalisation de l’Histoire. Le passé réserve toujours des surprises, comme le dit un personnage de Françoise Sagan.
Il vous faut donc aussi travailler en réseau, notamment avec le Cefres et le centre Marc Bloch sur ces problématiques.

Je m’arrête là et vous souhaite une journée de travail fructueuse.

J’aurai plaisir à vous accueillir ce soir à la Résidence.

Dernière modification : 16/10/2018

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