Cérémonie de remise de décorations dans l’ordre du Mérite agricole du 25 mai 2017 [pl]

Mesdames et messieurs,

Chers amis,

Nous sommes réunis ce soir à la résidence de France pour honorer quatre personnalités dont l’engagement contribue aux relations franco-polonaises dans le domaine de l’agriculture.

Nous savons ce que représente, pour nos deux pays, l’agriculture dans leur histoire, leur économie et leur patrimoine, ainsi que les liens entre la France et la Pologne. Et quelle meilleure preuve de la reconnaissance de votre action et de vos réussites que le Mérite agricole !

L’ordre du Mérite agricole est une des distinctions les plus anciennes de la République. Il a été créé en 1883 par le ministre de l’Agriculture, Jules Méline : la République souhaitait alors, et toujours encore aujourd’hui, souligner combien l’agriculture faisait partie des meilleurs atouts de notre pays. Il récompense depuis cette date les personnes ayant rendu des services marquants à l’agriculture ou s’étant illustrées au service de la France dans les secteurs agro-alimentaires.

Dans l’esprit de son fondateur, le Mérite agricole devait être « une Légion d’honneur agricole ». Et bien sûr, décerner « le poireau », son appellation familière et affectueuse, à des personnalités étrangères reflète la dimension européenne et internationale de cette activité est essentielle.

Avant de vous remettre ses insignes en prononçant les paroles sacramentelles, je vais rappeler, comme le veut la tradition, les mérites qui vous ont valu d’être ainsi distingués.

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Maître Maria Schittulli,

Originaire de Gniezno, vous avez étudié le droit à Poznań et les questions européennes à Cracovie : votre parcours universitaire a ainsi épousé l’histoire récente de votre pays et son adhésion à l’Union européenne, en quelque sorte son retour dans la famille européenne.

Vous avez ensuite approfondi votre expertise à Auxerre et êtes aujourd’hui associée au cabinet d’avocat Eurex Legal, symbole d’une carrière professionnelle réussie menée de front avec une vie familiale riche de satisfaction, aux côtés de votre mari artiste accompli, auquel la chanson française doit beaucoup.

Nous sommes cependant réunis ici pour reconnaître votre autre activité, plus personnelle, une autre vie aux cotés des viticulteurs de Chablis. En effet, vous avez été responsable commerciale à la coopérative des vins de Chablis et vous êtes restée très attachée à ce vignoble et à ses vignerons, aujourd’hui confrontés à une succession de graves évènements climatiques (grêles, gels) qu’ils affrontent avec endurance.

Revenue en Pologne, votre attachement à cette belle région, à ses vins merveilleux et à ses producteurs ne s’est jamais démenti. Vous êtes – depuis plus de 10 ans – ambassadrice des vins de Chablis en Pologne. Vous organisez avec beaucoup de cœur et d’énergie les manifestations de la Confrérie des Piliers Chablisiens.

Je sais que vous êtes très appréciée des viticulteurs et des responsables professionnels de la région de Chablis. Ils étaient nombreux à vous accompagner dans la séance de la Confrérie, l’année dernière à Varsovie, où vous avez intronisé mon prédécesseur dans cette prestigieuse confrérie. Je suis prêt, moi aussi à affronter, le moment venu, cette épreuve : il faut boire, m’a-t-on dit, un grand tastevin de Chablis.

Vous vous impliquez constamment au service de l’image des vins de Chablis, et plus largement de la Bourgogne, ainsi que de l’image de notre pays et de son agriculture de qualité. Vous faites si bien vivre le lien entre nos deux pays autour des plaisirs que nous offre la Bourgogne. La cérémonie de l’année dernière en était la preuve avec l’intronisation de nombreuses personnalités polonaises des arts et des affaires. Un pied en Pologne, un autre à Chablis, vous incarnez par votre action la densité des liens qui nous unissent.

Maria Schittulli, au nom du ministre de l’Agriculture, je vous remets les insignes de chevalier de l’ordre du Mérite agricole.

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Monsieur Philippe de Givenchy,

Vous êtes originaire des Côtes-d’Armor, natif de Saint-Brieuc, et votre enfance s’écoule dans la baie éponyme, entre la pointe du Roselier et l’anse d’Yffiniac. Ainsi, poissons, coquillages et coquilles Saint-Jacques de la baie viendront naturellement jalonner vos futurs menus et seront une source d’inspiration permanente pour votre future carrière de cuisinier. En effet, rapidement, vous troquez le cartable pour une toque de chef à la découverte des grands établissements étoilés au guide Michelin, dont le Lucas Carton à Paris et le Negresco à Nice.

En 1989, vous ouvrez votre restaurant « la Timonerie » à Paris, quai de la Tournelle, et vous obtenez dès l’année suivante une étoile au Michelin, accompagnée d’une large reconnaissance de la presse spécialisée et généraliste.

Depuis le début des années 2000, vous écrivez une nouvelle page de votre vie, en venant vous installer en Pologne. Parmi diverses entreprises dont la création de l’Akademia Kulinarna à Konstancin ou des missions de conseil en œnologie et gastronomie, vous vous initiez à l’écriture : le magazine mensuel Uroda vous ouvre ses pages, en vous laissant libre de concocter des recettes et de définir l’humeur de la page. Cette expérience de l’écriture sera une révélation, puisque vous vous mettrez à écrire plus tard de la poésie, sous le pseudonyme de Jean Taffin. Vous avez publié en 2016 un recueil de poésies et de photos au titre sobre de NOIR.

En 2007, vous ouvrez à Varsovie votre établissement intitulé tout simplement LA CAVE. Depuis plus de dix ans, vous y partagez avec votre clientèle, essentiellement polonaise, votre passion pour les vins biodynamiques et naturels pour faire connaître aux Varsoviens, tel un pionnier, un type de viticulture française en plein essor, respectueuse de l’environnement et de l’humain, retrouvant des méthodes ancestrales de travail du sol.

Vous faites profiter à votre clientèle des trésors que vous avez patiemment dénichés au long des années, des petits domaines dirigés par des vignerons compétents et passionnés, où le vin relève de l’art et d’un amour fondamental du bon produit. Vous opérez la sélection de vos vins par des visites directes aux domaines, des entretiens avec les vignerons, une observation critique du travail sur le terrain et en cave, vous mettant ainsi en mesure de parler avec passion et expertise de chacune de vos bouteilles.

Vous faites preuve d’une inlassable pédagogie en faveur des vins naturels, ce que montre notamment votre notoriété grandissante sur les sites de bloggeurs spécialisés. Enfin, vous transmettez lors des dégustations dans votre cave non seulement votre connaissance culinaire, afin que vos clients réussissent la préparation et le mariage de leurs produits, mais aussi votre passion littéraire.

Je vous définirai comme un grand professionnel et un passionné. Grâce à vos compétences, à votre authenticité et sincérité, vous contribuez activement à la promotion des terroirs français auprès des Polonais, contribuant ainsi au rayonnement de la viticulture française de qualité.

Philippe de Givenchy, au nom du ministre de l’Agriculture, je vous fais chevalier de l’ordre du Mérite agricole.
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Madame la Directrice Wiesława Gąsiorowska,

Je sais que la fin d’année scolaire est toujours chargée pour une directrice de lycée et il est d’autant plus apprécié que vous puissiez être parmi nous ce soir, en ayant fait le déplacement depuis Gołotczyzna.

Votre parcours professionnel illustre une autre facette très importante de nos deux agricultures, la formation scolaire et professionnelle dont la qualité conditionne la réussite de l’agriculture. Je sais que l’enseignement agricole est au cœur des priorités du Ministre Jurgie : il s’agit d’un domaine avec lequel la coopération avec la France, plus particulièrement le Ministère français de l’agriculture et son important réseau de presque 900 lycées agricoles publics et privés et maisons familiales rurales, est la plus active.

Le réseau Pologne de l’enseignement agricole français est très actif et contribue régulièrement à des échanges entre jeunes élèves français et polonais et entre professeurs. Un déplacement en France du secrétaire d’Etat Romanowski, prévu initialement en mars, aura lieu en octobre. Votre action s’inscrit donc dans un contexte dense et vivant.

Vous accomplissez votre carrière dans l’enseignement agricole. Après avoir été enseignante au lycée agricole de Gołotczyzna, vous en êtes devenue la directrice. Grâce à votre engagement constant pour l’éducation, vous avez mené à bien de nombreux projets européens de coopération, notamment avec la France.

Vous accompagnez régulièrement de nombreuses délégations d’enseignants polonais en France et participez depuis 2008 à la sélection et à l’accompagnement de lycéens polonais au « concours jeunes professionnels européens » du Salon international de l’agriculture à Paris.

En tant que présidente du réseau Poland Europea (réseau d’établissements d’enseignement agricole en Pologne), et membre du réseau Europea International, vous êtes un des relais essentiels en Pologne de la Direction Générale de l’enseignement et de la recherche (DGER) du ministère de l’agriculture. Vous avez œuvré à la signature en 2008 d’une convention de partenariat entre Poland Europea et le Réseau Pologne de la DGER. Vous aviez alors rencontré à Paris le conseiller agricole de l’ambassade, à l’époque directeur général de l’enseignement du ministère. Jean-Louis Buër n’a pu être parmi nous aujourd’hui et le regrette beaucoup.

Bien loin de n’être qu’une spécialisation par défaut, l’enseignement agricole est une voie d’avenir et de réussite : ses résultats pédagogiques en France, avec de remarquables taux de réussite aux examens et d’insertion professionnelle, explique que la majeure partie des élèves ne soient plus d’origine agricole et qu’il prépare à une grande diversité de métiers du vivant et du rural.

Cette expérience peut et doit être partagée avec son homologue polonais. Vous avez contribué à cet objectif commun : faire réussir et se connaitre nos jeunes. Soyez-en remerciée aujourd’hui.

Wiesława Gąsiorowska, au nom du ministre de l’Agriculture, je vous remets les insignes de chevalier de l’ordre du Mérite agricole.

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Monsieur Robert Mielżyński,

Ingénieur en agronomie et viniculture, diplômé d’œnologie en 1987 en France, vous avez été impliqué dans de nombreux projets viticoles. Vous avez créé en 2004 la société Mielżynski Vins, Spiritueux et Spécialités, présente aussi bien à Varsovie qu’à Poznań. Vous y accordez une large place aux vins français. Vous contribuez de manière dynamique à une meilleure connaissance des vins français et participez ainsi directement à la promotion du commerce extérieur de la France.

La consommation en Pologne est de 3,5 litres par an et par habitant majeur, certes bien loin du niveau français (44 litres) mais assez proche du niveau japonais (environ 3 litres), pourtant destination importante pour nombre de vins français. Le consommateur polonais connait et apprécie le vin de mieux en mieux. La France y tient sa place, la troisième en valeur derrière l’Allemagne et l’Italie et la cinquième en volume derrière les mêmes pays suivis de la Bulgarie et de l’Espagne.

Nous avons certainement beaucoup d’efforts à faire : la grande distribution française, très présente en Pologne, organise des foires aux vins et des semaines françaises. Business France conduit régulièrement des missions de prospection pour des entreprises françaises comme ce mois à l’Ambassade.

Il est parfois reproché aux vins français leur complexité, leur très – parfois trop - grande diversité et leurs prix élevés : il est vrai que la France a beaucoup de grands vins à proposer. C’est pourquoi je crois que le vin français peut intimider le consommateur. Mais elle la France est le seul pays viticole à offrir une gamme aussi large, des vins de France sans indication géographique aux grandes appellations. Chacun peut choisir en fonction de ses goûts et de ses moyens. Sachons rendre accessible le vin français et faire vivre cette richesse exceptionnelle.

Dans votre activité, vous avez su faire très tôt le pari de la Pologne et le pari des vins français : ce double pari est gagné, pour votre plaisir mais aussi le nôtre car nous avons ainsi tant d’occasions de déguster des produits divers et splendides, grâce à vous. Vous incarnez aussi à votre façon cette densité de liens qui unissent nos deux pays, y compris en ce qui concerne ce qui peut être considéré comme un des produits les plus emblématiques de la France.

C’est pour cela que le Ministre a souhaité vous élever en grade dans l’Ordre du Mérite agricole, signe de la constance de votre action et de son inscription dans le temps durable de nos relations bilatérales.

Robert Mielżyński, au nom du ministre de l’Agriculture, je vous remets les insignes de officier de l’ordre du Mérite agricole.

Dernière modification : 26/05/2017

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