« Aujourd’hui Paris, demain Katowice » tribune de l’Ambassadeur [pl]

« Aujourd’hui Paris, demain Katowice »
Tribune de l’Ambassadeur de France en Pologne, Pierre Lévy, publiée dans le quotidien Rzeczpospolita

La France accueillera, le 12 décembre, un sommet pour le climat. « One planet summit » est une initiative du président de la République Emmanuel Macron, co-organisée avec les Nations unies et la Banque mondiale. Il rassemblera à Paris de nombreux participants, Etats, institutions internationales, gouvernements locaux, organisations non gouvernementales, entreprises, étudiants, autour de la question du financement de la lutte contre le réchauffement climatique. Il ne s’agit pas d’un sommet universel. Y ont été conviés un certain nombre d’acteurs engagés de la finance et du climat. La Pologne y a été conviée. Lors de leur rencontre le 23 novembre dernier, le Président de la République et la Première ministre avaient eu l’occasion d’en discuter.

Ce sommet se situe exactement au deuxième anniversaire de l’Accord de Paris, le premier accord universel sur le climat. L’objectif est de maintenir l’élan de la mise en œuvre de cet accord. Les Etats-Unis ont pris la décision de s’en retirer. Mais cet accord est irréversible. A ce jour, 170 pays représentant plus de 87 % des émissions l’ont ratifié et ce chiffre ne cesse de croitre. Le défi est immense comme l’urgence à agir. La récente COP23, à Bonn sous la présidence efficace de la République des Fidji, a permis de rappeler la gravité et la réalité des enjeux du changement climatique pour les plus vulnérables. La négociation a permis d’avancer sur l’ensemble des sujets liés à la mise en œuvre de l’accord de Paris. Les textes d’application de l’accord devront être finalisés et adoptés d’ici à la COP24, qui se tiendra en décembre 2018 à Katowice, en Pologne.

La Pologne aura donc à nouveau un rôle de premier plan. La COP 19, à Varsovie en novembre 2013, fut décisive pour la suite. La volonté de conclure en 2015 un accord universel sur le climat y fut confirmée. A cet égard, il est important que l’amendement de Doha au protocole de Kyoto soit ratifié par la Pologne pour permettre à l’Union européenne de le ratifier à son tour. Ce protocole adopté en 1997 modifie la Convention cadre des Nations unies sur le climat avec des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) jusqu’en 2012. Mais l’absence d’accord à Copenhague en 2009 a conduit à l’adoption de l’amendement de Doha qui prolonge l’engagement des parties de 2013 à 2020. Il s’agit en quelque sorte de régulariser un engagement en cours de réalisation.

Je voyage beaucoup en Pologne, rencontrant à chaque fois les responsables locaux. Je suis frappé par la très grande mobilisation dans les villes et les régions qui traduit leur volonté de permettre à leurs habitants de vivre mieux dans leur univers quotidien. L’ambassade de France organise depuis 5 ans Eco-Miasto, en partenariat avec des entreprises françaises, un concours national destiné à récompenser les initiatives en matière de développement durable : gestion de l’eau et des déchets, efficacité énergétique, électromobilité, qualité de l’air, espaces verts. L’édition 2017 en novembre dernier a connu un très grand succès avec 63 villes participantes, contre 29 l’année précédente. J’ai eu le plaisir de remettre les prix aux lauréats, choisis par un jury d’experts indépendants, et ai constaté la force de leur enthousiasme et de leur motivation.

Cet exemple montre, si besoin était, que les collectivités locales sont, avec les entreprises, les acteurs de premier plan du changement. Le C40 (Cities climate leadership group) est le réseau mondial qui fédère les initiatives des grandes métropoles pour lutter contre le réchauffement climatique, actuellement présidé par la Maire de Paris. Varsovie en fait partie. Aux Etats-Unis, 1200 villes, Etats et entreprises américaines ont signé l’appel « we are still in » s’engageant ainsi à contribuer à atteindre les objectifs de l’Accord de Paris, en réponse à la décision du président Trump.

Tous ces enjeux sont cruciaux pour notre avenir. Ils sont aussi extrêmement complexes. Il faut aussi admettre que l’objectif de limiter la hausse globale de la température à moins de 2° d’ici la fin du siècle peut paraitre lointain et abstrait. Mais il y a des leçons à tirer, depuis l’échec de Copenhague en 2009, de l’expérience de ces dernières années pour préciser les clefs de la réussite. Il s’agit, à mon sens, de respecter quelques principes d’action. Tout d’abord, faire en sorte de garder tout le monde à bord, en dépit de la très grande variété de situations et d’intérêts. D’où l’importance de concilier les grands impératifs que sont la croissance, la compétitivité et le développement durable. Ensuite combiner efficacement les actions du triangle essentiel que constituent les gouvernements, les acteurs locaux et les entreprises. Enfin, et surtout, être conscients que nous agissons pour notre intérêt et pas au nom d’un pur idéalisme. La transition écologique est porteuse d’opportunités économiques et sociales ; l’économie verte est le principal gisement d’innovations non exploré dans nos économies, celles qui créeront les emplois d’aujourd’hui et de demain. Le développement de l’efficacité énergétique, celui de l’énergie nucléaire (non émettrice de CO2) et celui des énergies renouvelables contribueront non seulement à la modernisation de nos économies et de nos modes de vie, mais amélioreront également notre sécurité énergétique, sujet à juste titre très important pour la Pologne, ainsi que pour la France.

Derrière ces grands objectifs, il y a, tout simplement, le bien-être de nos peuples et de nos futures générations.

Il faut porter haut ce message, demain à Paris et l’année prochaine à Katowice.

Dernière modification : 28/12/2017

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