Allocution d’ouverture du 1° séminaire IHEDN-BBN (26 septembre 2012)

Allocution d’ouverture du 1° séminaire IHEDN-BBN
Varsovie, 26 septembre 2012

Monsieur le Ministre,
Monsieur l’ambassadeur,
Chers amis de l’IHEDN et du BBN,
Messieurs,

C’est pour moi une cause à la fois de plaisir et de fierté que d’ouvrir ce premier séminaire de réflexion, organisé à Varsovie entre l’IHEDN et le BBN. Car de par sa portée fondatrice pour le dialogue stratégique entre nos deux pays, il revêt un caractère singulier. Et ce à moment où nous ouvrons un nouveau chapitre de notre relation bilatérale.

Permettez-moi tout d’abord de souligner que tout au long de notre longue histoire commune, la France et la Pologne ne se sont jamais affrontées sur aucun champ de bataille. Bien au contraire, la France a par deux fois contribué directement à la renaissance de la Pologne, sous Napoléon, avec le Grand Duché de Varsovie, et pendant la Première Guerre Mondiale, avec la renaissance d’une Pologne libre et indépendante. Par trois fois, la France a formé, entraîné et équipé l’armée polonaise : les régiments polonais de la Grande armée de Napoléon, tout d’abord, les 6 divisions d’infanterie de l’Armée du Général Haller ensuite, puis les divisions de ce qui deviendra l’armée polonaise d’Occident, pendant la seconde guerre mondiale.

Pourtant, cette relation fraternelle entre nos deux pays et entre nos deux armées n’a pas conduit au développement d’un dialogue stratégique nourri. Ce séminaire constitue donc la première pierre de notre contribution commune à la sécurité de notre continent.

Ce dialogue stratégique qui s’amorce est également singulier, car il se déroule non seulement au bon moment, mais aussi au bon niveau, avec des intervenants des grands ministères en charge des questions de sécurité et de défense, des ministères de la défense et des affaires étrangères de nos deux pays, et donc avec une réelle vision interministérielle portée, respectivement, par le BBN et l’IHEDN.

Singulier, ce séminaire l’est également par son format. Il ne s’agit pas de subir un double monologue où chacun se bornerait à présenter sa position, mais bien de se comprendre et d’essayer de converger dans nos visions respectives en matière de sécurité et de défense. Et si, comme il est parfaitement naturel, nous ne partageons pas les mêmes analyses sur tout, l’important est d’abord de nous écouter, de nous comprendre et, enfin, d’identifier les terrains possibles de convergence.

Avant de conclure, je souhaiterais faire un bref rappel sur la grande nouveauté du Livre blanc français de 2008, la création d’une nouvelle fonction stratégique, la fonction « connaissance et anticipation ». Jusqu’en 2008, la France n’avait que trois grandes fonctions stratégiques : la dissuasion, la protection et la projection. La création de cette fonction « connaissance et anticipation » constitue une avancée réelle dans la prise en compte par la France des problèmes de sécurité et de défense.

Dans mes fonctions d’ambassadeur et tout au long de ma carrière, j’ai pu constater l’importance de cette fonction « connaissance et anticipation » afin de prévenir les crises, d’intervenir à bon escient, de limiter la violence ou voire plus simplement d’évacuer des ressortissants français et étrangers d’un pays en crise. Cette nouvelle fonction stratégique permet à la France d’être fidèle à la maxime du philosophe français Auguste Comte : « Savoir pour prévoir, afin de pouvoir. »

Tout au long de ce séminaire singulier, vous aurez donc probablement la possibilité d’esquisser, ensemble, une vision commune de la stratégie de nos deux pays. L’exercice de rédaction de nos deux livres blancs doit en effet permettre à nos deux pays de se doter des moyens adaptés à l’évolution d’un monde toujours en mouvement.

Ces livres blancs doivent aussi contribuer à renforcer nos capacités militaires et industrielles et à construire ensemble une Europe de l’armement, dotée d’importants moyens dans le domaine de la recherche et du développement.

Il me reste à vous souhaiter des échanges fructueux. Conscient de la difficulté intrinsèque de la prospective stratégique, je voudrais rappeler cette réflexion d’Antoine de Saint-Exupéry : "Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible."

Dernière modification : 26/09/2012

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